Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

20/11/2003 à 17h00 - Devenir journaliste

Très attractive pour les jeunes, la presse en France connaît depuis plusieurs années des mutations profondes. Pour découvrir les perspectives d’emploi, les spécialités qui montent et les formations adaptées, retrouvez les échanges qui ont eu lieu entre les internautes et nos deux invités.

Les invités

François Pécheux - Journaliste

Luc Lemaire - Directeur du CFJ

Question :

Virgo : Quelles études avez-vous suivies ? Merci d'avance. Cocote : Avez-vous fait beaucoup d'études ?

Réponse :

Luc Lemaire : J'ai fait une licence d'allemand et ensuite je suis entré au CFJ pour y poursuivre des études supérieures.

François Pécheux : Moi j'ai fait Sciences Eco en fac. J'ai embrayé sur le CELSA . Et après j'ai fait une école qui s'appelle l'IPJ, l'Institut Pratique du Journalisme à Paris, en deux ans.

Question :

Angel457 : Apprendre sur le tas, être autodidacte, est-ce possible dans ce métier ? La formation (CFPJ ou autre !) est-elle nécessaire ?

Réponse :

Luc Lemaire : Bien sûr, apprendre sur le tas, c'est possible. Mais il faut savoir qu'aujourd'hui, dans les statistiques, globalement, on considère que 15 à 20 % des jeunes journalistes qui entrent en activité cette année ont fait une école. Cela veut dire qu'il y en a pratiquement 80 % qui y entrent par une autre filière. C'est même une des rares professions où l'on n'a pas besoin de diplôme.

François Pécheux : Les journalistes que je côtoie le plus de par mon travail, ce sont des gens qui manient la caméra. Leur parcours, c'est bien souvent : " je me démerde ". J'ai une caméra, j'apprends à m'en servir et après la curiosité vient sur l'expérience. Pas besoin de diplôme pour cela.

Question :

Modérateur : C'est quelque chose de nouveau ?

Réponse :

François Pécheux : Non, cela fait une dizaine d'années que des gens peuvent réussir dans cette voie sans aucun diplôme.

Question :

Groland : Comment êtes-vous devenus journalistes ?

Réponse :

Luc Lemaire : Quand je suis sorti du CFJ en 1973, je suis rentré au Figaro. J'y suis resté 4 ans. Puis j'ai participé au lancement et à la création du Matin, un quotidien qui n'existe plus aujourd'hui. J'y suis resté pendant 8 ans à peu près. Ensuite, j'ai été à L'Usine Nouvelle et j'ai travaillé pour pas mal de journaux ou d'hebdomadaires.

François Pécheux : Au début, il faut se bagarrer un peu. Je me souviens avoir fait des stages à l'Equipe où j'écrivais avec mes petites mains les résultats des clubs de rugby... J'ai fait des stages en radio, ce n'était évidemment pas payé. J'ai fait un stage à France Info. Après l'école, j'ai embrayé sur un stage à TF1, au service des sports. Biétry m'a appelé en voyant un reportage pour me faire entrer à Canal où j'ai passé 13 ans. Donc en fait, c'est beaucoup de démerde au début, accepter de ne pas être payé et puis après, la vie fait que le talent des uns et des autres fait la différence.

Question :

Iki : Quelle orientation doit-on prendre après la seconde pour le métier de journaliste ?

Réponse :

Luc Lemaire : La filière n'a pas vraiment une grande importance. Une filière littéraire n'est pas vraiment une obligation. Pour se présenter au concours dans l'une des écoles reconnues par la profession, il faut faire deux à trois ans d'études supérieures. Le choix de ces études n'a pas là non plus d'une très grande importance.

François Pécheux : D'abord le bac ! La filière la plus recommandée reste le bac, Sciences-po, puis le CFJ ou l'ESJ.

Question :

Modérateur : Passer par une école reste donc aujourd'hui très conseillé ?

Réponse :

Luc Lemaire : C'est un plus, mais encore une fois, ce n'est pas la seule voie, il y en a d'autres. Mais c'est vrai que c'est un plus pour ceux qui ont fait l'école, car ils sont presque immédiatement opérationnels.

Question :

Romain : L'entrée au CFJ est-elle payante ?

Réponse :

Luc Lemaire : La scolarité est payante. Les frais de concours et d'inscription sont je crois de 150 euros. La scolarité est payante, elle est de 3 000 euros par an, donc 6 000 euros pour 2 ans. Il est possible d'obtenir des bourses. Les boursiers ne paient que 750 euros.

Question :

Modérateur : Il y a eu une polémique ces derniers temps concernant les hausses des frais d'inscription et de scolarité dans les différentes écoles...

Réponse :

Luc Lemaire : Il y a deux types d'écoles en France. Il y a d'un côté des écoles privées, dont le CFJ ou l'ESJ à Lille. Il y a également des écoles publiques qui dépendent des universités et là, évidemment, on paie des droits d'inscription universitaires.
Les écoles privées, ça coûte effectivement très cher. Mais la formation a un coût : les frais de fonctionnement, le matériel mis à la disposition des élèves coûte très, très, cher. Au CFJ, les frais de scolarité ne couvrent qu'un quart de ce que coûte l'étudiant. Le reste, les trois-quarts du coût, sont versés par les entreprises via la taxe d'apprentissage.

Question :

Antoine : Précarité du métier est un euphémisme, même pour ceux qui sortent du sérail. y'a t-il encore un avenir dans le journalisme puisqu'il n'y a pas d'embauche ?

Réponse :

...

Question :

Antoine : J'ai fait un long stage (1 an) non rémunéré. Aucune aide financière (RMI).

Réponse :

François Pécheux : J'aurais dit la même chose. Je suis de son côté. Dans le monde de la télé, c'est de plus en plus fragile et précaire, les émissions peuvent s'arrêter du jour au lendemain pour des questions d'audience. Les contrats normaux sont des contrats de grille. C'est peut être différent dans la presse écrite, les étudiants que je rencontre me disent la même chose. Je ne suis pas super optimiste.

Luc Lemaire : Je nuancerais un petit peu. On est vraiment aujourd'hui au creux de la vague. Effectivement, c'est plutôt le plan galère pour les jeunes journalistes. Mais il y aussi un phénomène tout simple : la courbe démographique. Dans trois ou quatre ans, vont commencer à quitter le métier les gens de la génération du baby boom d'après-guerre. Et ce phénomène va durer à peu près une dizaine d'années. Je pense que dans les trois ou quatre ans, on assistera à une reprise qui va durer au moins une dizaine d'années. On va avoir un vrai appel d'air. C'est vrai aussi que la situation économique du monde de la presse et des médias n'est pas très bonne et que les entreprises de presse font attention.

Question :

Macodile : Avec le développement de nouveaux modèles économiques comme Internet ou les journaux gratuits, le métier de journaliste mérite de faire peau neuve (moins d'autocensure, plus de liberté de ton...). Comment former des journalistes impertinents ?

Réponse :

Luc Lemaire : Je ne sais pas s'il faut former des journalistes impertinents. Il faut former des journalistes qui soient des gens curieux, honnêtes, les plus indépendants possibles et qui aient une vraie envie de faire ce métier. Maintenant, on ne peut le nier, depuis plusieurs années, on assiste à un débat dans la profession. Certains livres remettent en cause le métier et même la formation des journalistes. Ce sont des questions auxquelles il faut réfléchir.

François Pécheux : On n'est jamais impertinent tout seul. On ne devient impertinent que lorsque ce qui nous entoure est formaté et triste. Je peux me dire journaliste impertinent, mais si personne ne me regarde, cela n'a pas de sens.

Question :

Lulubellle : Comment réussir à être impartial avec les enjeux financiers d'un journal ? La langue de bois n'est-elle pas hélas toujours de rigueur ?

Réponse :

Luc Lemaire : Je ne pense pas que la langue de bois soit de rigueur. Il y a sans doute les pressions économiques et celles du marché du travail, mais il ne faut pas dire que les journalistes sont des pantins manipulés. Ce n'est pas vrai. Le journaliste se fait manipuler s'il le souhaite. Il est libre.

François Pécheux : La concurrence fait que les informations finissent par sortir. On peut me museler, mais pas forcément le camarade d'à côté.

Question :

Modérateur : C'est donc plus une vision du public qu'une réalité.

Réponse :

François Pécheux : Il faut être un gros consommateur de médias, il faut écouter et lire beaucoup avant de dire que les journalistes usent de la langue de bois.

Question :

Stone (pour François Pécheux) : La carrière que vous avez menée est-elle conforme à vos espérances ?

Réponse :

François Pécheux : oui (rires), tout va bien, c'était un grand bonheur de me trouver à Canal et aussi de le quitter au moment où je l'ai quitté. J'ai eu la chance d'avoir des gens qui m'ont fait confiance. Il y a toujours beaucoup de projets, j'en ai au moins une dizaine auxquels je tiens beaucoup, mais j'ai encore du temps pour les mettre en place. Il faut trouver les occasions.

Question :

Bonne Plume (pour François Pécheux) : Vous avez bossé sur le foot, les sujets de société et maintenant l'actu pour les enfants. Pas besoin d'être spécialiste dans le journalisme ? C'est quoi les qualités nécessaires alors ?

Réponse :

François Pécheux : Non, il n'y a pas besoin d'être spécialiste Je parlais de foot sans rien y connaître, ce qui m'intéresse, c'est les gens, la personne humaine. Quand j'allais voir Ginola sous la douche, c'était lui qui m'intéressait, pas le footballeur. C'est ce qu'il faut se dire. Il ne faut surtout pas être spécialiste.

Question :

Stone : Quelles sont les qualités requises pour devenir un bon journaliste ?

Réponse :

Luc Lemaire : Il faut être curieux, s'intéresser à l'actu, être à l'écoute des autres, chercher toujours à en apprendre d'avantage. Je suis d'accord pour dire qu'on n'a pas besoin d'être spécialiste. En revanche, il ne faut pas parler de tout et de n'importe quoi. Il faut maîtriser un sujet et connaître au maximum tous ses tenants et tous ses aboutissants.

Question :

Stone : Pour Luc Lemaire : Comment jugez vous la formation des journalistes français par rapport aux journalistes européens ou américains ?

Réponse :

Luc Lemaire : Il y a un grand mythe sur le journalisme américain. On cite toujours le journalisme d'investigation américain comme modèle, mais je ne suis pas sûr que cela soit vrai. On fait peut-être trop croire aux étudiants français que seule la technique compte. Une fois que l'on a la technique, on ne peut pas forcément parler de tout.

Question :

Yvan : François Ruffin a publié un livre critique sur la formation au CFJ. Des réactions ?

Réponse :

Luc Lemaire : François Ruffin a publié un livre très critique sur le CFJ, d'une manière très polémique. Très poil à gratter. J'ai eu du mal à le lire, car je trouvais que c'était caricatural. Mais il a mis le doigt sur des questions et des pratiques parfois juste.

Question :

Burlette : Une fois formé, comment commencer dans le métier de journaliste (presse audio ou écrite) ? Doit-on envoyer un CV au rédacteur en chef ?

Réponse :

...

Question :

Burlette : Peut-on proposer un article ou un synopsis d'émission même si on court le risque d'être le 200e à faire la même démarche ?

Réponse :

François Pécheux : Moi je suis très sensible à la théorie du " tous les moyens sont bons ". Je reçois souvent des demandes de boulot, qui disent " j'ai envie de travailler avec vous ". Je pense qu'il vaut mieux mettre en valeur ce qu'on peut apporter à l'émission ou au journal dans lequel on postule. Par contre, il faut y aller, " harceler ".

Luc Lemaire : Je suis tout à fait d'accord avec François.

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