Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

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Richard Fraysse

Créateur olfactif de l'atelier parfum de la maison Caron, Paris (75)
Date de l'interview : 01/12/2009

La majorité des entreprises françaises de parfums font jusqu'à 90 % de leurs ventes à l'export.

Héritier d'une grande famille de parfumeurs, Richard Fraysse est devenu le nez de la maison Caron, une entreprise qui continue avec indépendance à perpétuer l'art de la haute parfumerie française.

Comment devient-on un nez ?

Issu d'une grande famille de parfumeurs, j'ai baigné toute mon enfance dans l'univers magique des parfums : jeux de reconnaissance olfactive organisés par mon père, le créateur du célèbre "Arpège" de Lanvin, voyages à Grasse au printemps auprès des fournisseurs de jasmin, de rose ou de fleurs d'oranger... Après mon bac, je n'ai pas tout de suite suivi les traces familiales puisque j'ai d'abord opté pour une école de commerce. Mon père nous a très vite incité mon frère et moi à créer une entreprise de parfums pour laquelle je devais m'occuper de la partie commerciale. Au contact du laboratoire, mon goût naturel pour les parfums et les bases acquises ont refait surface : j'avais trouvé ma vocation... Depuis 1998, je travaille pour la maison Caron (28 personnes) rachetée par le groupe Alès (Phyto, Liérac...) : elle perpétue la tradition française du luxe en s'appuyant sur la sélection de matières premières de qualité.

Quelles sont les qualités et les compétences requises pour ce métier ?

La mémoire olfactive est un don qui se travaille. Il faut prendre le temps de découvrir les matières premières naturelles (environ 200) et de connaître les nombreux produits chimiques qui ont révolutionné l'art de la parfumerie en apportant de nouvelles notes. Comme en musique, l'apprenti parfumeur doit apprendre ses gammes. Sur 4 000 références actuellement disponibles, je suis aujourd'hui capable de reconnaître jusqu'à 700 matières premières naturelles ou synthétiques ! A un stagiaire, il sera demandé d'en mémoriser une trentaine et d'improviser des combinaisons harmonieuses. La mémoire olfactive se construit dans la durée, c'est une richesse sur laquelle je m'appuie pour composer. La composition olfactive est un art.

Quelles sont les caractéristiques d'une grande maison ?

A partir des carnets de composition de Daltroff, le créateur de Caron, je continue à perpétuer l'esprit de la maison. La manière dont je peux encore travailler, en faisant de la création pure et en choisissant moi-même directement mes matières premières auprès de fournisseurs de mon choix, est un véritable privilège. En n'achetant aucun concentré, nous restons ainsi propriétaires de nos formules, ce qui est devenu l'exception dans la parfumerie. En France, il n'y a plus qu'une demi-douzaine d'entreprises (Chanel, Patou, Hermès, Guerlain, Dior...) qui ont un parfumeur maison, gage de tradition, de qualité et d'identité olfactive. Aujourd'hui les nez travaillent pour plusieurs marques au sein de sociétés internationales.

Le métier de parfumeur a donc beaucoup changé ?

Le métier a effectivement beaucoup changé depuis les années 60, où la parfumerie était essentiellement française. Le marketing international (choix de la publicité, de l'image, du nom et du flacon) fait aujourd'hui la loi prenant le pas sur la création. La majorité des entreprises de parfums font jusqu'à 90 % de leurs ventes à l'export (contre 35 % chez Caron). Grasse est devenue davantage un lieu de courtage que de production ! Les distributeurs ont aussi gagné en pouvoir, sélectionnant les marques qu'ils souhaitent au non commercialiser en fonction des chiffres de vente. Les parfums finissent tous par se ressembler à force d'utiliser les mêmes tonalités fleuries/fruitées synthétiques parmi les plus économiques. Ils sont aussi faciles à reproduire, d'où aussi le risque de contrefaçon en hausse...

Comment voyez-vous l'avenir de la profession ?

Je pense que le consommateur va se lasser des produits standardisés, car un parfum doit être unique. Il est dommage que le secteur de la parfumerie très important en France ne soit pas mieux défendu contre les nouvelles directives européennes qui restreignent ou interdisent l'usage de nombreuses matières premières. Pour moi, l'avenir est à 90 % dans les arômes, et seulement à 10 % dans les parfums. Des personnes très volontaires et passionnées pourront y trouver leur place, même s'il s'agit d'un secteur étroit. La profession jusqu'ici à dominante masculine s'est très fortement ouverte aux femmes qui sont aujourd'hui près de 75 %.

Avez-vous des conseils pour les jeunes attirés par l'univers du parfum ?

Pour apprendre le métier de parfumeur, il existe une école unique en France, créée par Jean-Jacques Guerlain, et devenue incontournable : l'ISIPCA (Institut supérieur international du parfum de la cosmétique et de l'aromatique alimentaire). Je conseillerai aux jeunes diplômés de ne pas hésiter à se tourner vers les pays émergents (Chine, Inde, Russie...) où l'image de la parfumerie française est très positive. Enfin il reste possible de créer son entreprise dans ce secteur.

Propos recueillis par Annie Poullalié