Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Anne-Catherine Husson-Traore

Directrice générale de Novethic, Paris (75)
Date de l'interview : 01/06/2009

Le développement durable doit devenir transverse et faire totalement partie prenante de tous les services de l'entreprise.

A la tête de Novethic, media expert sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises et l'investissement socialement responsable, Anne-Catherine Husson-Traoré nous présente le guide des formations au développement durable.

Quelles sont les missions de Novethic ?

Créé en 2001, Novethic, filiale de la Caisse des Dépôts, est un centre de recherche sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises (RSE) et l'investissement socialement responsable (ISR) qui sont les déclinaisons du développement durable au monde économique et financier. Très vite, le centre s'est doté d'un média spécialisé, notre site, afin d'offrir de l'information à un public le plus large possible sur ces questions complexes. Notre objectif est de faire connaître l'offre de fonds ISR disponible sur le marché français et les critères de choix des investisseurs qui allient analyse financière et extra-financière. Il s'agit pour eux d'investir dans un modèle durable d'entreprise, à l'opposé de la prise de risque à court terme, à l'origine de la crise actuelle.

Pourquoi un tel guide ?

Devant la floraison des formations initiales bac + 5 délivrant un diplôme étiqueté développement durable (une quarantaine), nous avons décidé, en 2004, de les recenser de manière qualitative. Il s'agissait aussi de mettre en garde le millier de jeunes diplômés potentiels contre l'absence d'adéquation de ces formations au marché de l'emploi. Depuis les choses ont évolué : les universités et les grandes écoles de commerce ont opéré un rapprochement avec les entreprises pour proposer des formations beaucoup plus professionnalisées, en faisant notamment appel aux compétences d'experts. Les entreprises ont plutôt des besoins en formation continue : il s'agit davantage pour elles de faire évoluer leur personnel afin de leur faire intégrer, dans leurs pratiques, le développement durable qui transforment de nombreux métiers. Les formations actuelles accueillent à la fois des jeunes diplômés et des professionnels (DRH, juristes, ingénieurs, responsables de communication, etc.) et forment davantage des opérationnels.
L'évolution concerne aussi le développement de la recherche dans le domaine du développement durable. Les entreprises n'hésitent pas à créer des chaires sur ces questions au sein des grandes écoles (HEC, ESSEC) et à les financer. Aujourd'hui l'offre de formation correspond donc davantage aux besoins des entreprises au sein desquelles de réels chantiers sont ouverts. Nous n'avons en revanche que très peu de données sur l'emploi en lien avec le développement durable. D'énormes progrès restent à faire et des conflits générationnels sont à prévoir, notamment dans les secteurs où la diversité manque. Les jeunes générations sont sensibilisées dès l'école au développement durable.

L'emploi est-il au rendez-vous ?

Les nouveaux métiers du développement durable passionnent les jeunes. Certes, Les directions du développement durable (DD) recrutent beaucoup de stagiaires pour des missions ponctuelles. Malheureusement au sein des entreprises du CAC 40 (cotées en bourse), les directions DD dépassent rarement en effectif 3 à 4 personnes. Elles s'appuient souvent sur un réseau interne de correspondants. Le développement durable pour exister doit devenir transverse et faire totalement partie prenante de tous les services de l'entreprise : le marketing, la finance, les ressources humaines, etc. Il s'agit d'une révolution douce.
La dimension développement durable est aujourd'hui une corde importante à avoir à son arc, mais elle ne suffit pas en tant que telle. Il faut qu'elle vienne s'ajouter à un premier métier de manager ou d'ingénieur.

Avez-vous des conseils à donner à nos jeunes internautes ?

Ils ne doivent pas penser qu'il existe des métiers du développement durable, mais plutôt qu'il leur faudra intégrer ce type de problématique au métier qu'ils auront choisi, qu'ils soient ingénieur, DRH ou responsable de communication, etc. Et cette ouverture implique une formation complémentaire. Je leur conseillerai d'acquérir cette double compétence qui leur permettra de faire le lien entre leur métier et les problématiques du développement durable et de faire évoluer leur métier grâce à lui. Les jeunes diplômés peuvent être déçus par la politique de leur entreprise en matière de développement durable... mais les choses bougent. Il s'agit d'une phase émergente. Le marché du travail est très difficile aujourd'hui, il est préférable pour les jeunes de miser sur un métier bien identifié et de lui insuffler une vision du développement durable. Enfin je tiens à préciser qu'il n'existe pas de secteur du développement durable. Il s'agit de problématiques avant tout transversales qui touchent à tous les aspects de la vie des entreprises, qui devront faire évoluer leur organisation jusqu'ici très verticale.... Les réglementations européennes (projet REACH par exemple), la loi française sur les nouvelles régulations économiques (NRE), le développement du droit de l'environnement contribuent de manière non négligeable à encadrer ces évolutions en cours et à venir...

Propos recueillis par Annie Poullalié