Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Fabienne Pouyadou

Directrice des partenariats CARE France, Paris (75)
Date de l'interview : 01/06/2009

Au-delà d'une stratégie de communication, les entreprises commencent à vraiment intégrer les principes du développement durable.

Au sein de CARE, ONG (organisation non gouvernementale) de solidarité internationale, Fabienne Pouyadou développe des partenariats avec les entreprises et les accompagne sur leur responsabilité sociale et environnementale.

Qu'est-ce qui vous a conduit à travailler dans le domaine du développement durable ?

Diplômée d'une école de commerce, j'ai travaillé pendant 5 ans dans le privé. Pour des raisons personnelles, j'ai souhaité, il y a 15 ans, me réorienter vers le secteur associatif. A Londres, j'ai découvert la problématique RSE (responsabilité sociale des entreprises) et le social business, un secteur en pleine évolution. Je souhaitais rester connectée au monde marchand mais avec un but non lucratif. M'occupant des relations entreprises pour une association caritative, j'avais dans mon portefeuille à la fois des entreprises uniquement mécènes et d'autres qui s'intéressaient réellement aux activités de l'association dans une dynamique d'échanges et d'apports mutuels. Ces liens qui peuvent se tisser entre le monde marchand et non marchand me passionnent. Mon principal objectif chez CARE est de faire collaborer ces 2 mondes ensemble, afin d'augmenter le niveau de vie des populations de manière durable et de favoriser le développement social.

En quoi consiste votre poste de directrice des partenariats ?

Au sein de CARE France (30 salariés au total), je manage une petite équipe de 4 personnes. Mon poste consiste à diriger les relations avec les fondations et les entreprises. Il fait cohabiter 2 métiers : le 1er consiste à rechercher et à collecter des fonds auprès des entreprises pour les missions de CARE à travers le monde, le 2e consiste à travailler avec des entreprises françaises implantées dans les pays du Sud. Nous les aidons à mettre en place leur politique de RSE et de développement durable, afin d'amplifier les impacts positifs de leur implantation locale.

Quels types de partenariats mettez-vous en place ?

Dans le cadre de la RSE, nous cherchons à mettre en place des partenariats liés au business de l'entreprise. S'agissant par exemple du Groupe Lafarge implanté en Afrique subsaharienne, nous les avons aidés à mettre en place une politique de prévention, de dépistage et de prise en charge du VIH (Sida). Notre action a permis à la fois de venir en aide à la population locale tout en ayant un impact positif direct sur la productivité de l'entreprise. De même au Bengladesh, CARE s'est associé à l'entreprise Bata pour mettre en place des filières de distribution des produits dans des zones rurales et reculées. Cela a permis de créer localement de l'emploi pour des femmes avec la création de micro-entreprises.

Quels sont les principaux obstacles que vous rencontrez ?

Les entreprises prêtes à financer des projets sont plus nombreuses que celles désireuses de travailler sur leur démarche RSE, ce qui suppose une implication plus grande et plus large dans l'entreprise. Afin d'élargir notre portefeuille, nous ne faisons pas de prospection de masse, mais nous ciblons les entreprises dont l'activité est en lien avec l'eau, l'énergie, la pharmacie ou la finance, qui sont pour nous des secteurs clés dans la lutte contre la pauvreté. Si nouer de nouveaux partenariats s'avère la tâche la plus difficile, il faut aussi savoir que les entreprises sont devenues très exigeantes vis-à-vis des ONG et n'hésitent pas à lancer des appels d'offres pour les mettre en concurrence. Ayant réfléchi à une stratégie, elles manquent aussi souvent de souplesse. Les mécènes veulent, par exemple, le plus souvent investir dans communication, elles veulent avant tout du tangible. Nous avons un rôle fortement pédagogique à jouer pour expliquer notre démarche qui s'appuie sur un réseau et des associations locales et qui misent sur le long terme. Les partenariats noués ont heureusement tendance à devenir pérennes. Enfin si CARE est la 3e ONG internationale par son importance, en France, elle souffre d'un problème de notoriété.

Votre poste implique-t-il de nombreux déplacements à l'étranger ?

La réalisation d'une mission comporte en effet souvent un séjour d'1 à 2 semaines sur le terrain en début de projet notamment. Ce qui implique de parler couramment anglais. Cela permet de rencontrer l'expert de l'équipe locale qui connaît le contexte et les populations. La particularité de CARE est de s'appuyer très fortement sur une équipe de locaux salariés (13 000 à travers le monde sur 15 000 salariés au total). Nous n'avons pas de bénévoles.

Comment voyez-vous l'avenir du développement durable ?

Je suis convaincue que les partenariats ONG/entreprises vont se développer et devenir de plus en plus sophistiqués. Au-delà d'une stratégie de communication, les entreprises commencent à vraiment intégrer les principes du développement durable, même si les problématiques sociales dans les pays du Sud sont bien souvent négligées. Néanmoins les débouchés professionnels sont encore restreints. Je conseillerais aux jeunes de ne pas s'engager dans une formation initiale au développement durable avant d'avoir acquis une expérience des rouages de l'entreprise.

Propos recueillis par Annie Poullalié