Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Julie Buisson-Mangenot

Manager et responsable du Pôle stratégie d'Utopies, Paris (75)
Date de l'interview : 01/06/2009

D'une simple politique de mécénat, les entreprises sont passées à une approche de type gestion des risques en optimisant leurs process industriels.

Au sein d'Utopies, agence pionnière dans le conseil en développement durable auprès des entreprises, Julie Buisson-Mangenot a gravi tous les échelons de stagiaire à manager. Elle pilote aujourd'hui le Pôle stratégie de l'agence.

Quelles évolutions avez-vous observé ?

Au fur et à mesure de la progression dans l'opinion et les médias des concepts de développement durable, de responsabilité sociale des entreprises (RSE) et d'investissement socialement responsable (ISR), nous avons gagné en crédibilité tout en conservant des liens étroits avec le secteur associatif. Nous avons toujours favorisé le dialogue entre le monde militant et celui des entreprises. Notre portefeuille clients a beaucoup évolué pour s'ouvrir aux entreprises de toute taille et de tous secteurs. L'antériorité et la notoriété de l'agence font que les entreprises viennent vers nous de façon assez spontanée dans un contexte de marché encore étroit (une dizaine d'agences), mouvant et instable.

Quel est votre parcours ?

Je suis titulaire d'un DEA en économie de l'Université Paris IX-Dauphine, durant lequel je me suis spécialisée sur les stratégies de développement durable dans le secteur de l'énergie. Il y a 10 ans, il n'existait pas comme aujourd'hui de formations spécialisées en développement durable.

En quoi consiste votre poste actuel ?

Le Pôle stratégie (le plus ancien), dont j'ai la charge, a pour mission d'aider l'entreprise à bâtir une stratégie de développement durable, à identifier ses enjeux, à déployer une démarche en interne en mobilisant l'ensemble des employés. Sous la pression des investisseurs, des actionnaires majoritaires ou des clients grands comptes, les entreprises sont contraintes de s'interroger sur leur responsabilité sociale et environnementale. Nous analysons les impacts environnementaux (rejet de CO2, consommation d'énergie...) et sociétaux de l'entreprise (respect des droits humains, pas de travail forcé ni des enfants, politique de diversité...) et proposons des solutions pour les réduire. Nous passons tout au crible : la chaîne d'approvisionnement, les fournisseurs, la politique d'achats, l'éthique du marketing... Notre objectif est de revisiter les pratiques de l'entreprise afin de lui faire intégrer des critères sociaux et environnementaux. J'interviens en binôme ou en trinôme sur des missions d'études, de reporting, d'accompagnement stratégique, de consultation des parties prenantes, de formation et d'animation de comités de direction, etc. Les missions durent entre 1 mois et 1 an.

Quelles sont les activités des 3 autres pôles ?

Plus récents et en plein développement, les 3 autres Pôles, avant tout techniques et opérationnels, répondent aux besoins accrus d'accompagnement des entreprises. Le Pôle Produits responsables accompagne les entreprises en matière d'éco-conception en limitant les impacts sociaux et environnementaux des produits. Il s'agit d'analyser le portefeuille de produits d'une entreprise, ainsi que le message livré aux consommateurs afin d'instaurer un marketing plus responsable.
Le Pôle Transparence et aide au choix propose un appui à la rédaction du rapport de développement durable rendu obligatoire par la loi NRE (nouvelles régulations économiques) pour les entreprises cotées, ainsi qu'un étiquetage environnemental des produits (qui sera obligatoire en 2011 pour les produits de la grande consommation). Les consommateurs mieux informés pourront développer une démarche d'achat responsable. Enfin le 4e Pôle Construction durable joue un rôle de conseil et d'assistance à maîtrise d'ouvrage auprès des entreprises de la filière construction.

Comment voyez-vous l'avenir du conseil en développement durable ?

Nous avons observé un important changement de positionnement des entreprises depuis 1993. D'une simple politique de mécénat, les entreprises sont passées à une approche de type gestion des risques en optimisant leurs process industriels afin de restreindre leur nocivité environnementale (réduction des émissions de CO2....). Récemment, une 3e phase que nous nommons RSE 2.0 (responsabilité sociale et environnementale des entreprises) se développe misant sur les processus d'innovation de produits et de services (éco-conception, information des consommateurs).

Avez-vous des conseils à donner ?

Nous recevons entre 50 et 100 candidatures par mois dans une petite structure comme la nôtre ! Ce qui témoigne de l'immense intérêt des jeunes pour les problématiques du développement durable. Je leur conseillerais d'acquérir d'abord une compétence métier et de la compléter par un master 2 en développement durable. Les besoins à venir exigeront une forte technicité : le créneau va se développer sur des aspects spécifiques très opérationnels. Les entreprises auront besoin d'être accompagnées pour déployer leurs stratégies (postes en interne et appui de consultants non généralistes mais avec une forte technicité métier : architecte, ingénieur en bâtiment, spécialiste de l'éco-conception, marketeur....).

Propos recueillis par Annie Poullalié