Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Patrick Jolivet

Responsable recherche et développement chez BMJ Ratings, Paris (75)
Date de l'interview : 01/06/2009

J’évalue la capacité d'une organisation à déployer sa politique de responsabilité sociale, à maîtriser ses risques et ses opportunités.

Docteur en économie, Patrick Jolivet a développé une expertise du développement durable. Il a créé le département recherche et développement de l'agence BMJ Ratings et demeure chercheur au laboratoire Erasme de l'Ecole centrale de Paris.

Quel est le cœur de métier de l'agence BMJ Ratings ?

BMJ Ratings est une agence de renommée internationale spécialisée dans la notation en développement durable. Notre métier est d'évaluer les performances des entreprises, des collectivités, des associations, des fondations, des écoles et des universités sur les critères sociaux, environnementaux et de bonne gouvernance. Ce métier est cousin de celui d'auditeur en RSE (responsabilité sociale des entreprises), à la différence que nous ne sommes pas chargés du contrôle de conformité. Nous évaluons les performances en matière de RSE d'une entreprise mais n'entrons pas dans le respect des réglementations comme le ferait un auditeur : nous évaluons la capacité d'une organisation à déployer sa politique RSE, à maîtriser ses risques et ses opportunités. Il s'agit de notation extra-financière sollicitée, c'est-à-dire réalisée à la demande d'une entreprise cliente, contrairement à la notation extra-financière déclarative commanditée par des investisseurs souhaitant avoir un outil de comparaison des entreprises.

En quoi consiste votre poste ?

Transversal, mon poste comporte 3 aspects. Tout abord il conserve un lien étroit avec le monde académique au travers des relations régulières avec les réseaux de recherche sur l'évaluation du développement durable et de la RSE, la mise à jour de nos modèles, mais aussi la supervision des études et des enquêtes que nous réalisons. Ensuite, je suis chargé des relations institutionnelles avec les entreprises et les collectivités locales, ainsi qu'qvec les réseaux professionnels qui travaillent sur ces questions. Il s'agit de confronter nos pratiques à celles des autres, mais également de faire connaître et de valoriser les compétences et les productions de BMJ Ratings, notamment lors de colloques, de conférences, d'interventions dans la presse professionnelle ou grand public. Enfin j'apporte un appui interne sur les missions d'analyse extra-financière en fonction des besoins et m'occupe plus particulièrement de l'analyse des associations, des fondations et des établissements d'enseignements supérieurs.

Comment se déroule une mission ?

Une mission dure de 2 à 10 mois selon la taille de l'entreprise et le périmètre évalué. Nos clients sont en général de grandes entreprises. Nous effectuons une analyse très détaillée de leur organisation et de leur fonctionnement. Le chef de projet secondé par 2 à 3 consultants s'immerge à temps plein. L'agence, qui emploie 7 permanents, s'est dotée d'un important réseau d'experts mobilisables. Tous ont un niveau bac + 5 minimum, titulaires d'un master universitaire, d'un diplôme d'ingénieur ou d'une grande école de management. Les profils choisis sont variés afin de couvrir tous les champs de la RSE : économie, sciences de gestion, aménagement, urbanisme, marketing, agronomie, biologie, etc. Les analystes s'appuient sur une grande connaissance des secteurs et des métiers pour évaluer les entreprises. Nous rédigeons un cahier de recommandations dans lequel sont listés tous les risques encourus et les opportunités possibles. Mais notre rôle n'est pas de conseiller les entreprises notées : il y aurait conflit d'intérêt.

Quelle est la méthodologie suivie ?

Nous étudions comment le management de l'entreprise s'occupe des différentes problématiques liées à la RSE. Nous analysons 6 grands domaines : Environnement, Ressources humaines (diversité, formation...), Fonction commerciale, Fonction achats, Relations avec la société civile, Gouvernance (manière dont les pouvoirs sont répartis dans l'entreprise, existence de contrepouvoir, etc.) à l'aune de 7 principes de gestion: Leadership (valeurs, discours porté par les dirigeants, engagement politique pour le secteur public), Organisation de la responsabilité, Transparence de l'information, Engagement vis-à-vis des parties prenantes (préservation et prévention des attaques à la réputation, manière dont l'entreprise va rendre des comptes à son entourage), Contrôle indépendant (audit, certification, notation, démarche qualité, etc.), Innovation, Vision à long terme (modèle économique et son évolution par rapport à la RSE). Nous nous appuyons sur une batterie de critères pour conduire l'ensemble de ces analyses qui aboutissent à une véritable radiographie de l'entreprise.

Quelles sont les conséquences de la notation pour l'entreprise ?

Dans un milieu de plus en plus concurrentiel, c'est un argument à la fois de marketing et de différenciation. C'est aussi un outil de management. Le regard critique d'un tiers extérieur porté sur la responsabilité sociale et environnementale d'une entreprise n'est pas toujours facile à accepter dans un 1er temps mais permet aussi des avancées dans ces domaines... Nous encourageons nos clients à jouer la carte de la transparence en communiquant sur leurs notations.

Comment voyez-vous l'avenir du développement durable ?

Boosté par le Grenelle de l'environnement, ce domaine émergent est en train d'exploser. Les besoins humains sont énormes et pas seulement à des niveaux bac + 5 comme dans l'analyse extra-financière et la RSE, où les diplômés sont d'ailleurs nombreux. Je conseillerais aux jeunes d'acquérir d'abord une compétence technique de fond, associée à une appétence pour le développement durable.

Propos recueillis par Annie Poullalié