Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Pascal Vigoureux

Ingénieur innovation Essilor International, Vincennes (94)
Date de l'interview : 01/03/2009

En tant qu’ingénieur, j'ai fait mes armes en Formule 1, un secteur extrêmement exigeant en termes d'innovation.

Docteur en sciences des matériaux, Pascal Vigoureux met son expertise des matériaux au service de l'innovation industrielle et de l'optimisation des performances en entreprise.

Quel est votre parcours ?

Travaillant sur les matériaux supraconducteurs, j'ai poursuivi une thèse de doctorat en sciences des matériaux à Orsay (Paris XI). Je travaillais sur ce projet dans un réacteur nucléaire dans un laboratoire du CEA.
Après un bac scientifique tourné vers la biologie puis un DUT chimie, je ressentais toujours une soif d'apprendre qui m'a conduit à poursuivre mes études à l'université jusqu'au niveau le plus haut : un doctorat. J'ai d'abord préparé un 2e cycle en chimie puis un DEA en sciences des matériaux à Jussieu (Paris VII), celui-ci ardu accueillait majoritairement des diplômés en physique et de grandes écoles d'ingénieurs comme l'ENSCP.

Pourquoi passer de la chimie à la physique ?

La connaissance des 2 est complémentaire. La formation de chimiste apprend à fabriquer les matériaux, mais n'apporte pas les outils mathématiques pour comprendre ces matériaux. A l'inverse, la physique étudie les matériaux, mais ne donne pas les outils pour comprendre leurs anomalies. Pour cela, il faut connaître leurs propriétés chimiques.

Quels ont été vos débuts professionnels ?

Même si je suis docteur en sciences, j'ai toujours effectué un travail d'ingénieur, c'est-à-dire de recherche appliquée à l'industrie. J'ai réussi à travailler sur des projets de grande envergure, missionné en tant que consultant Altran, à mes débuts, expert en matériaux de toutes sortes (métaux, plastiques, composites). J'ai ainsi fait mes armes en Formule 1, un secteur extrêmement exigeant en termes d'innovations. Grâce à la découverte d'un nouveau matériau (composite à matrice céramique) pour la carrosserie qui a permis la réalisation d'un échappement haut et de considérables gains de performance, j'ai pu devenir responsable recherche et développement de l'écurie d'Alain Prost ! Ce type de réussite revient à toute une équipe d'ingénieurs. D'autres projets novateurs m'ont conduit à travailler dans le nucléaire, l'aéronautique, le nautique, l'horlogerie de luxe, etc.

Quel est votre poste actuel ?

Je suis consultant chez Essilor qui fabrique à la fois des verres et les appareils qui les taillent pour les adapter aux montures. Or ces machines sont à fort potentiel d'amélioration. J'apporte mes compétences d'expert en matériaux et en gestion de projets à l'équipe d'ingénieurs.

Quelles sont les clés pour innover ?

Je n'hésite pas à me plonger dans les livres pour approfondir mes connaissances en chimie, en physique, en mécanique et en matériaux. Tout ce qui concerne, par exemple, les nouveaux matériaux composites, je l'ai appris par moi-même, sur le tas, face à des problèmes à résoudre. Le doctorat m'a ouvert sur la recherche. Le travail en thèse permet en effet d'apprendre ce qui est significatif, à développer des collaborations, à travailler en équipe, ce qui est primordial. Quand on veut innover, on vous demande souvent de trouver une solution sur ce qui ne marche pas. L'objectif de l'ingénieur est de trouver une solution en équipe, peu importe qui trouve la solution, ce qui importe c'est le résultat. Les critères de réussite retenus sont la performance, la fiabilité, la rapidité et le coût de la solution.
Le plus d'un docteur est sa volonté d'apporter quelque chose qui n'existe pas encore, tandis que l'ingénieur apporte la solution qui convient le mieux parmi celles existantes, il ne cherche pas la nouveauté. Innover implique toujours de se remettre en cause, de douter, ce qui n'est pas vraiment dans l'air du temps.

Avez-vous des conseils à donner à des jeunes en formation ?

Après des études dans les meilleures universités scientifiques ou écoles d'ingénieurs, il est indispensable de préparer un doctorat en sciences des matériaux si l'on veut faire de la recherche innovante dans ce domaine. Il faut aller le plus à fond dans l'étude de chaque type de matériau. L'inconvénient de certaines écoles d'ingénieurs peut être celui d'imposer trop rapidement une spécialisation dans un type de matériau (métaux, plastiques, composites). Il est indispensable de garder pour moteur une très grande curiosité qui pousse à découvrir un sujet totalement inconnu et de nouvelles solutions. Un débutant commence en général à s'investir dans des "petits" sujets de recherche. Dans les secteurs très innovants, comme celui du luxe, il peut en revanche d'emblée collaborer à des projets ambitieux. Ce métier convient à celui qui veut s'ouvrir un maximum d'horizons.

Propos recueillis par Annie Poullalié