Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Philippe Séro-Guillaume

Directeur de la section Langue des signes française à l'ESIT, Paris (75)
Date de l'interview : 01/03/2009

Le taux d'insertion du master professionnel interprétation français / LSF est de 100 %, même pour ceux qui ont échoué à l'examen final !

Interprète en langue des signes française (LSF), Philippe Séro-Guillaume a préparé un doctorat en sciences du langage puis créé la section LSF à l'ESIT. Il nous présente le master professionnel interprétation français / LSF.

Comment est né ce master ?

Il est né d'un rapprochement entre l'ESIT et l'univers de la langue des signes. Propres à chaque pays, les langues des signes sont des langues à part entière, avec une syntaxe et une grammaire. Elles permettent aux personnes sourdes ou malentendantes sévères de communiquer entre elles. En vue d'une meilleure intégration des sourds, des interprètes formés en LSF sont nécessaires. Ce master dispense une formation généraliste de haut niveau à l'interprétation. Il vise à optimiser la communication entre sourds et entendants dans les situations sociales, professionnelles, culturelles et en milieu scolaire et universitaire.

Comment les étudiants sont-ils sélectionnés ?

La sélection est sévère (1 sur 3). Nous recherchons des candidats à l'esprit curieux s'exprimant dans un français riche et fluide et possédant déjà un très bon niveau en LSF. Ils sont titulaires d'une licence (toutes mentions). Ils passent un test oral dans les 2 langues sur un sujet de société de portée générale, puis un entretien. Nous formons entre 8 et 16 interprètes par an avec un taux de réussite à l'examen final d'environ 70 %. Les femmes sont largement majoritaires.

Quel est leur profil ?

Les enfants de parents sourds ayant acquis la connaissance de la LSF dans le cadre familial ne sont pas les meilleurs candidats. Il est indispensable d'avoir pu élargir et enrichir sa pratique de la LSF en approchant la communauté des sourds (associations, stages...), ce qui permet d'aborder des thèmes plus larges que ceux cantonnés à la sphère familiale. Des jeunes non issus d'un environnement de sourds peuvent aussi être attirés et séduits par la découverte de la LSF, qui est un mode d'expression gestuelle singulier. Enfin, les candidats ne doivent avoir aucun problème d'audition pour pratiquer l'interprétation.

Comment se déroule la formation ?

La 1re année est exclusivement consacrée à l'interprétation consécutive avec prise de notes (écoute puis restitution). La 2e année aborde l'interprétation simultanée, beaucoup plus difficile, et qui demande une grande vivacité. Les étudiants apprennent avant tout à traduire un discours et non la langue. Ils doivent perdre leurs habitudes scolaires. Des stages longs ponctuent les 2 ans. Ce master peut être suivi en formation initiale, en alternance, ou bien en formation continue pour les professionnels.

Quelle est l'insertion professionnelle ?

Le taux d'insertion de ce master est de 100 %, même pour ceux qui ont échoué à l'examen du diplôme ! Depuis la loi de février 2005 sur l'égalité des chances qui affirme le droit au bilinguisme (français/LSF) et l'accueil scolaire des enfants sourds, les débouchés se sont accrus et la profession ne connaît pas le chômage. Avec 120 000 français sourds profonds et 360 000 déficients auditifs sévères, les besoins en professionnels (seulement 250 interprètes LSF diplômés) sont très importants et loin d'être couverts.

Quels sont les débouchés ?

L'interprétation de cours scolaire et universitaire en formation initiale et continue représente 45 % des besoins, de même celle dite de liaison avec des organismes publics (Pôle emploi, tribunaux, CPAM, administrations diverses) et des employeurs (entretiens d'embauche, etc.). En entreprise, de nouveaux outils se développent tels que la télé-interprétation (TADEO), qui offre un service d'interprétation à distance. L'interprétation de conférence ne représente que 5 % de la demande. Les personnes sourdes perçoivent une allocation spécifique qui leur permet d'avoir recours au service d'un interprète LSF. Des structures associatives et des administrations salarient des interprètes LSF. Leur niveau de salaire est comparable à celui des enseignants.

Quelles sont les qualités requises ?

A la vivacité, doivent s'ajouter une grande capacité d'assimilation et d'adaptation, ainsi que l'esprit de synthèse. Un interprète LSF n'est pas une prothèse linguistique : il prend sa part dans l'échange tout en étant fidèle au message. C'est un métier relationnel et très impliquant qui nécessite de s'adapter à des publics de tous les milieux sociaux et à des situations très différentes.

Propos recueillis par Annie Poullalié