Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Sylvestre Vanuxem

Président de l'Association des professeurs de langues vivantes, Paris (75)
Date de l'interview : 01/03/2009

Les professeurs d’anglais privilégient la communication orale et le niveau des élèves est globalement meilleur.

En tant que président de l'Association des professeurs de langues vivantes (APLV), Sylvestre Vanuxem, lui-même professeur d'anglais, mène une action de terrain en faveur de toutes les langues.

Quelles sont les missions de l'APLV ?

Notre association, qui compte 3 000 membres, vise la promotion de l'enseignement des langues vivantes. Tournée vers la pédagogie, elle mène une réflexion sur les pratiques de classes, du primaire à l'université. Elle constitue un réseau d'entraide pour les professeurs débutants. Elle organise des rencontres, des colloques et édite la revue "Langues modernes". Elle participe à des projets européens dans le cadre du programme Lingua (promotion de l'enseignement et de l'apprentissage des langues). Son site web est ouvert à toutes les contributions en pédagogie. Enfin les langues, représentant avant tout une ouverture sur le monde, nous faisons partie de la FIPLV, fédération internationale des professeurs de langues.

Que défend-elle ?

L'APLV défend le multilinguisme : elle considère que toutes les langues vivantes (rares, régionales, etc.) méritent d'être enseignées. Elle a un pouvoir consultatif auprès de l'Education nationale en matière de réforme (programmes, épreuves du bac, concours de recrutement, formation des élèves et des enseignants, etc.). Lorsque des menaces pèsent sur l'enseignement des langues, elle s'implique aux côtés des syndicats. Concernant la réforme actuelle des enseignants qui vise la masterisation (bac + 5) et la suppression des IUFM, nous déplorons que la période de stage ne soit plus que de 108 h, en remplacement de l'année complète en responsabilité et rémunérée.

Que pensez-vous de l'apprentissage précoce des langues ?

Il faudrait l'articuler à une politique linguistique globale puisqu'il existe un référentiel européen commun (portfolio des langues) sur lequel s'appuyer. L'articulation avec le collège n'est pas toujours facile en raison de la grande variété des conditions d'enseignements dans le primaire. L'enseignement au primaire doit poser des bases et ne pas être trop systématisé, afin de préserver la spontanéité des enfants et de ne pas les "dégoûter" des langues. Une meilleure prononciation est observée. Les compétences acquises dans une langue constituent un tremplin pour en acquérir dans une autre, c'est pourquoi les établissements doivent maintenir un choix de langues suffisant.

Quelles sont les réalités du métier ?

Les jeunes diplômés ne sont pas assez armés pour aborder des classes difficiles et surchargées (plus de 35 élèves) au lycée, en raison de regroupements. Au sortir de formation, être confronté à une classe constitue un grand saut dans le vide, où l'on a l'impression que nos connaissances ne nous servent à rien ! La formation continue fait aussi défaut. Mais en dépit de sa difficulté, ce métier offre de nombreuses satisfactions personnelles, comme celle d'apprendre quelque chose d'utile aux élèves. Il s'agit de leur enseigner un moyen de communication, ce qui n'est pas aisé avec des adolescents pour qui la parole face à un adulte n'est pas toujours libre. Un cours de langues est une mise en scène artificielle où l'on cherche à amener les élèves à s'exprimer sur tel ou tel sujet pour les faire progresser. S'exprimer dans une autre langue leur permet aussi de dévoiler une autre facette de leur personnalité. Dans les matières où un savoir est à transmettre, il est plus facile de se reposer sur un programme. Dans un cours de langue, il faut sans cesse innover pour faire passer un message.

Le métier de professeur de langues a-t-il beaucoup évolué ?

Aujourd'hui on privilégie la communication orale des élèves, et leur niveau, notamment en anglais, est globalement meilleur, quoi qu'on en dise. Le passage à l'écrit s'avère, en revanche, plus difficile. Grâce aux nouvelles technologies, l'accès à des bains linguistiques différents et aux cultures du monde est facilité, ce qui participe à l'ouverture d'esprit des élèves.
En contrepartie, les attentes des élèves et de leurs parents sont devenues beaucoup plus importantes, d'où le risque de déceptions. Rares sont les élèves de terminale qui s'expriment couramment dans une autre langue. Ils doivent pratiquer pour progresser et surtout séjourner dans le pays. Le professeur de langues est là pour poser des bases, qu'il faudra faire fructifier.
Les diplômés en langues continuent de se tourner vers l'enseignement par passion pour une langue et une culture, et le désir de transmettre. Enfin, des efforts sont à faire pour revaloriser la fonction d'enseignant dans notre société.

Propos recueillis par Annie Poullalié