Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Michel Dollé

Rapporteur général du CERC, Paris (75)
Date de l'interview : 01/12/2009

Ce sont surtout les jeunes femmes et les jeunes issus de l'immigration qui subissent le plus les difficultés d'accès à l'emploi.

Michel Dollé, rapporteur général du Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale (CERC) répond à nos questions relatives au rapport sur "L'insertion des jeunes sans diplôme".

Quels sont les principaux constats de ce rapport ?

Pour les jeunes non diplômés de 25 à 29 ans, le taux de chômage est 1,9 fois celui de l'ensemble de la classe d'âge et le pourcentage de non-emploi (chômage ou inactivité) est 1,7 fois celui de la classe d'âge. Ce sur-chômage des non diplômés est observé à tout âge. Mesuré instantanément, il s'atténue avec l'âge, mais il faut craindre que ceci soit un effet de génération et que les jeunes sortant maintenant connaissent davantage le sur-chômage tout au long de leur vie. En effet l'évolution vers une "économie du savoir" ne peut que s'amplifier et l'exclusion des non-diplômés croître progressivement à tout âge.

Quelles sont les populations les plus vulnérables ?

Ce sont surtout les jeunes femmes et les jeunes issus de l'immigration qui subissent le plus ces difficultés d'accès à l'emploi. Désavantagés en termes d'accès durable à l'emploi, les jeunes sans diplôme le sont aussi en matière de durée hebdomadaire du travail. Ainsi, en 2007, 3 ans après la fin de leurs études, 25 % des jeunes femmes non diplômées, et 8 % des jeunes hommes, occupent un emploi à temps partiel subi, contre 14 % et 4 % respectivement pour l'ensemble des sortants. Lorsqu'il y a embauche, elle a lieu plus souvent dans les très petites entreprises.

Quels enseignements nous apportent la comparaison avec d'autres pays européens ?

L'importance des sorties sans diplômes est très variable d'un pays à l'autre. Dans la tranche d'âge des 25-29 ans, la France se situe, en 2005, au 13e rang des pays de l'Union à 25 avec 16,5 % de sortants sans diplôme. Ces résultats sont proches de ceux de la Belgique, de l'Allemagne ou des Pays-Bas. Parmi les pays ayant les plus faibles taux de non-diplômés figurent, d'une part, les pays scandinaves (Finlande, Suède, Danemark) et plusieurs nouveaux membres (Slovénie, Slovaquie, République Tchèque, Pologne) ainsi que l'Autriche. A l'autre extrémité figurent nombre de pays du sud de l'Europe, où la généralisation de l'enseignement a été plus tardive (Italie, Espagne, Portugal, Malte) et certains pays de l'Est de l'Europe nouveaux entrants.
Dans presque tous les pays, les jeunes sortants sans diplôme subissent un sur-chômage comparable à la France. Mais, bien sur, l'importance quantitative du problème est variable selon la proportion de jeunes sans diplôme (et selon le niveau général du chômage). De plus, les emplois qu'ils occupent sont de moindre qualité (sauf en Italie, en Grèce et au Portugal, où le diplôme n'améliore pas la qualité des emplois). En effet, ils occupent plus souvent des emplois à statut précaire dans des postes peu qualifiés.

Quelles sont les voies d'amélioration préconisées ?

Les voies préconisées par le CERC rejoignent souvent celles préconisées chez nos voisins européens. La lutte contre l'échec scolaire est tout d'abord indispensable. Cela nécessite des réformes très profondes de tout notre système de formation initiale et, en amont, de mode d'accueil des jeunes enfants. Le rapport met en lumière l'expérience finlandaise, mais on pourrait tout autant regarder la Suède.
Par ailleurs, des progrès importants doivent être faits dans la phase de transition entre le système éducatif et le monde du travail. Il est, par exemple, anormal que les délais de prise de contact avec les missions locales soient en moyenne beaucoup plus élevés pour les jeunes sans diplôme que pour les diplômés. Les dispositifs d'accompagnement vers l'emploi devraient de plus viser non seulement l'accès à l'emploi mais la requalification, y compris dans les formations de base. Ceci nécessite des parcours assez longs et combinant emplois aidés et formation qualifiante. Les dispositifs nationaux actuels ne le permettent guère, même si des expériences intéressantes sont menées dans certaines régions.
Enfin les jeunes sans diplôme sont souvent issus de familles peu favorisées qui ne peuvent les soutenir dans leur difficile parcours d'insertion. Il est regrettable que la France maintienne l'exclusion des moins de 25 ans des dispositifs de minima sociaux (RSA notamment) contrairement à ce qui se fait ailleurs en Europe.

La crise actuelle permet-elle d'être optimiste ?

Evidemment non. Pour 3 raisons :
- l'ajustement des emplois se fait beaucoup par la restriction des flux d'embauches, notamment sur emplois en CDD ou en intérim.
- avec un chômage croissant, la déqualification à l'embauche risque de s'accroître pénalisant encore plus les moins formés.
- le projecteur est mis, par les partenaires sociaux, les pouvoirs publics et surtout les médias, sur les licenciements économiques, les grandes entreprises qui licencient, etc. Les jeunes précaires risquent d'être les oubliés...