Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Laurent Coppis

Chef concierge, Paris (75)
Date de l'interview : 01/03/2008

Pour la clientèle, nous jouons le rôle de facilitateur et d'organisateur et devenons une véritable interface avec une ville, voire un pays.

Doué pour les langues et les relations humaines, Laurent Coppis exerce avec générosité le métier de chef concierge, véritable interface entre les souhaits de la clientèle à satisfaire et Paris dans toutes ses dimensions.

Quel a été votre parcours de formation ?

A 17 ans, en classe de 2de, j'ai décidé d'arrêter mes études. Fort de mes aptitudes en langues (ma mère est italienne et j'ai eu l'occasion de séjourner 1 an au Venezuela) et de mon goût des voyages, j'ai tout naturellement eu l'idée de me tourner vers l'hôtellerie.
Dans un premier temps, j'ai envisagé de faire une école hôtelière, mais un stage de 2 mois, en tant que commis de salle dans un restaurant, m'en a dissuadé. J'ai préféré me tourner vers la vie active en utilisant les compétences que j'avais. J'ai démarré en faisant des extras dans de grands hôtels, en tant que bagagiste et "chasseur", puis réceptionniste de jour et de nuit. J'ai ainsi exercé à peu près tous les métiers de l'hébergement, à l'exception de celui de gouvernant. Mes expériences m'ont aussi conduit à être mobile (contrats en Sardaigne, en Guadeloupe...).

Avez-vous suivi une formation spécifique à la conciergerie ?

C'est en observant un collègue concierge travailler, que j'ai découvert l'importance de ce métier au sein d'un hôtel et j'ai eu envie de l'exercer. La conciergerie étant difficile d'accès, il m'a paru utile de suivre durant 1 an la formation de l'Institut privé de conciergerie internationale alors parrainé par les Clés d'or (ndlr : un concierge Clefs d'or porte aux revers de son uniforme des clefs croisées qui symbolisent son professionnalisme). Au cours de cette formation très pratique, j'ai effectué de nombreux stages, notamment dans des palaces (Le Ritz, Le Georges V, etc.).
Grâce aux liens tissés, j'ai progressivement approché cette profession fermée et hiérarchique. J'ai successivement occupé tous les postes liés à la conciergerie : de voiturier à concierge en passant par bagagiste et groom.
Au fil des saisons touristiques de Saint-Tropez à Paris, j'ai acquis une expérience qui m'a permis d'accéder, à 27 ans, au poste de chef concierge au Sofitel Le Faubourg à Paris. Ma progression a finalement été rapide.

Pouvez-vous nous raconter votre quotidien de chef concierge ?

Ma journée démarre avec le briefing quotidien de la direction. Je travaille une dizaine d'heures par jour et les services de la loge que je dirige (16 personnes au total) sont ouverts de 7 h à 23 h. Si nous n'avons pas de conciergerie de nuit, les voituriers et les bagagistes travaillent en revanche 24 h sur 24 h.
C'est un métier où l'on est entièrement dédié à la clientèle qu'il s'agit de satisfaire au mieux. Pour elle, nous jouons le rôle de facilitateur et d'organisateur et devenons une véritable interface avec une ville, voire un pays. Le métier de concierge est entouré d'un certain mystère. S'il est vrai que certaines des demandes qui nous sont faites peuvent paraître farfelues, la plupart ne les sont pas (réservation d'un restaurant ou d'un vol, envoi d'un bouquet de fleurs, intervention lors de la perte d'un passeport...) et nous mettent parfois en prise avec l'intimité de la clientèle, lorsqu'il s'agit par exemple d'organiser un lieu pour une demande en mariage, etc.
Même si la saisonnalité joue sur les demandes, nous recevons majoritairement une clientèle business (70 %). Les marques, les boutiques, les organisateurs d'évènements nous sollicitent énormément en tant que prescripteurs potentiels et la clé de notre travail est de cultiver de manière étroite ce réseau relationnel.

Quelles sont les difficultés du métier ?

C'est un métier stressant car il faut toujours trouver des solutions dans l'urgence pour satisfaire les clients, parfois très exigeants. Si les accrocs sont inévitables, ce qui compte c'est notre manière de gérer les situations. La concurrence étant très importante dans le secteur hôtelier, il faut aussi être capable d'innover en proposant toujours plus de services.

Quelles sont les qualités indispensables ?

Il faut avoir une force de caractère et de conviction pour obtenir l'impossible ! Sans jamais dire non à un client, il faut aussi parfois savoir l'amener vers une autre direction tout en le satisfaisant, d'où d'indispensables qualités de psychologie et de diplomatie. C'est une profession où l'on met une grande part de soi : il faut aimer les gens et se montrer généreux, curieux, avoir une bonne culture générale, tout en observant toujours la plus grande discrétion.

Qu'aimez-vous dans ce métier ?

Pour ma part, j'aime ce métier pour les surprises qu'il me réserve au quotidien et le fait que le concierge soit un personnage indispensable et respecté dans un hôtel : en prise direct avec les désirs de la clientèle, c'est lui qui la connaît le mieux et son avis compte.

Quelles sont les évolutions professionnelles possibles ?

Les métiers de la conciergerie sont un peu à part dans l'univers de l'hôtellerie, néanmoins des évolutions professionnelles vers les postes de directeur d'hébergement ou d'hôtel existent. Les progressions de carrière peuvent aussi se faire vers un hôtel de taille plus importante ou vers un palace. Au sein du groupe Accor, la mobilité à l'étranger est envisageable mais en raison de la spécificité du poste, cela impliquera du temps avant que soit tissé l'indispensable réseau local.

Avez-vous des conseils à donner à des jeunes ?

Il faut aimer les contacts, avoir une vraie générosité, aimer faire plaisir, et ne pas hésiter à s'investir personnellement. Professionnellement il faudra être patient et avoir de l'humilité pour progresser.