Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Cécile Auffret

Technicienne de l'intervention sociale et familiale, Ile-de-France
Date de l'interview : 01/02/2008

Il est important d'acquérir une maturité suffisante pour avoir la patience et la distance nécessaires au travail social de proximité.

En se réorientant vers le métier de technicienne de l'intervention sociale et familiale (TISF), Cécile Auffret a découvert une profession humainement très riche dont elle nous dévoile les différentes facettes.

Quel est votre parcours ?

Autodidacte, j'ai exercé différents métiers sans diplôme : serveuse, vendeuse, attachée commerciale, puis secrétaire pendant 15 ans. A 42 ans, j'ai engagé une reconversion professionnelle.

Quel parcours avez-vous suivi pour devenir TISF ?

Je cherchais une formation courte débouchant sur un diplôme d'Etat dans le domaine social, avec une polyvalence de compétences.
Ma formation au diplôme d'Etat de TISF a duré moins de 2 ans (ndlr : ce diplôme se prépare en 18 ou 24 mois selon l'organisme de formation choisi). En plus des techniques de soins et d'hygiène dans la maison, j'ai acquis des connaissances en pédagogie, droit, sociologie et psychologie. J'ai travaillé sur des projets en partant du quotidien qui est à la fois lieu et temps d'apprentissage. J'ai aussi étudié la méthodologie et le partenariat avec d'autres professionnels du social et du médical.

Quel est votre emploi actuel ?

Je travaille aujourd'hui pour une association d'aide aux familles en difficulté. Missionnée pour quelques mois à la CAF, l'Aide sociale à l'enfance et la CPAM, j'apporte aux familles un soutien pratique et psychologique pour traverser une période de changement de vie (naissance de jumeaux, maladie, accident, handicap, précarité, etc.).
Deux à trois fois par semaine, je me rends au domicile d'une famille pour 4 à 8 h de travail. Ensemble, nous rédigeons un projet et choisissons le moyen de le réaliser. Je transmets des savoir-faire : organiser son temps et son espace, gérer son budget, l'alimentation, l'hygiène, se faire obéir des enfants, leur offrir des loisirs, se soigner, effectuer des démarches administratives... afin d'amener les personnes vers l'autonomie.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ?

Parfois le travail est très physique : lorsque les personnes sont malades, par exemple, j'effectue à la fois le nursing, le ménage et les courses. Certaines situations sont dramatiques. Mon écoute est très importante pour ceux qui se confient et m'aide à mieux les comprendre. Mais il faut savoir prendre du recul et être solide psychiquement pour ne pas "porter" les problèmes des autres.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier ?

J'aime apporter du lien qui restaure l'identité et l'estime de soi des personnes souffrant de précarité et d'isolement. J'accompagne en me situant à égalité avec la personne, sans pouvoir ni autorité sur elle, ce qui lui donne confiance. Je fais souvent appel à ma créativité face au peu de moyens.

Quelles sont les principales qualités attendues ?

Les apprentissages que je pratique se situant sur le lieu de vie des personnes, je dois être respectueuse, discrète, patiente et pédagogue. Il faut de l'ouverture d'esprit, de la tolérance pour dépasser ses préjugés et comprendre d'autres cultures, d'autres visions de la vie héritées de parcours personnels.

Quels conseils auriez-vous envie de donner à des jeunes ?

Il est important d'acquérir une maturité suffisante pour avoir la patience et la distance nécessaires au travail social de proximité. Avant de trouver un équilibre de vie, les personnes dont je m'occupe rencontrent des obstacles, font des erreurs, ont besoin d'étapes, de rechutes même. Leurs réussites comme leurs échecs leur appartiennent. Je dois respecter le temps dont elles ont besoin et les choix qu'elles font, même s'ils me semblent inappropriés. J'accompagne seulement un bout de temps et de chemin.

Comment voyez-vous l'évolution de votre métier ?

En dehors des services sociaux et d'aide à la personne, de nouveaux débouchés s'ouvrent aux TISF : les centres d'hébergement en urgence, les foyers de vie pour personnes handicapées, les maisons de retraite, etc. D'autres structures seraient susceptibles d'apprécier nos apports spécifiques : l'école pour établir un lien plus facile avec les familles, les bailleurs de locataires en difficultés financières et sociales, l'hôpital pour les séjours fréquents dus aux maladies de longue durée, la prison pour faciliter le projet de sortie des détenus, etc.

Propos recueillis par Annie Poullalié