Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

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Janick Alloncle

Socio-esthéticienne dans un hôpital public, Paris (75)
Date de l'interview : 01/09/2007

Je propose aux patients des soins esthétiques, des conseils en prothèses capillaires et, surtout, et des massages relaxants.

En passant de l'esthétique à la socio-esthétique, Janick Alloncle a développé une pratique d'accompagnement passionnante qui la place au coeur de l'humain.

Qu'est-ce que la socio-esthétique ?

La socio-esthétique est tournée vers l'aide à la personne dans sa diversité bio-psycho-sociale grâce au médiateur corporel. Cette médiation est initiée à la fois par le toucher dans la relation, les soins esthétiques adaptés et adaptables, et les soins apportés à l'apparence.
Cet accompagnement vise à revaloriser la personne. Actuellement la socio-esthétique correspond davantage à une qualification complémentaire en esthétique qu'à un métier reconnu.

Quel est votre parcours ?

J'ai commencé tôt ma vie professionnelle en tant qu'agente administrative dans la fonction publique hospitalière. Très vite, j'ai considéré que mon activité manquait de relationnel. Travaillant dans un hôpital, j'ai eu envie de proposer des soins esthétiques aux patients afin de leur apporter du confort. Le travail de ma mère m'avait rendue familière de l'univers de l'esthétique. Grâce à deux congés individuels de formation, j'ai pu préparer le CAP esthétique puis la formation du CODES en socio-esthétique, unique en France et dont la découverte a été une vraie révélation. A mon retour à l'hôpital, le directeur a décidé de créer un poste de socio-esthéticienne.

Quelles sont vos activités au quotidien ?

Je travaille pour l'unité mobile de soins palliatifs qui s'adresse aux patients cancéreux. Ces patients en phase terminale ont épuisé tous les traitements et nous leur proposons des soins dits palliatifs, et de confort en ce qui me concerne. Je travaille au sein d'une petite équipe pluridisciplinaire composée de médecins, d'infirmières et d'une psychologue. Chaque mois, nous avons une supervision avec un psychiatre-psychanalyste pour parler des situations humainement difficiles auxquelles nous sommes confrontées. Je propose aux patients des soins esthétiques (soins du visage, manucure, maquillage correcteur, beauté des pieds, épilation, gommage du corps...), des conseils en prothèses capillaires en raison de la perte des cheveux, et surtout des massages relaxants.
A l'hôpital, les malades sont des numéros, voire des organes, et mon approche leur restitue une dimension humaine. Les soins leur offrent un bien-être apaisant qui vient contrebalancer les soins médicaux agressifs. Ces soins pris en charge par l'hôpital sont gratuits pour les patients. Je vois en moyenne 6 à 7 malades par jour, des femmes majoritairement.

Quelles sont les qualités requises ?

C'est une activité qui exige une très grande disponibilité. Il faut avant tout aimer le contact physique. Ce travail nécessite aussi une grande écoute, de l'empathie tout en sachant garder la bonne distance. C'est un travail véritablement très riche humainement Avec le toucher, je suis au coeur de la relation humaine.

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes ?

Je leur conseillerais d'acquérir d'abord de l'expérience car ce travail humainement difficile exige une maturité de vie. Il vous confronte de plein fouet avec la maladie, la souffrance humaine et la mort et il faut pouvoir y faire face. Une solidité personnelle et un travail sur soi s'avèrent nécessaires.

Comment est organisée la profession ?

On compte environ 250 à 350 socio-esthéticiennes en activité, tout secteur confondu (hôpital, association, prison). Afin de nous faire reconnaître, nous nous sommes regroupées au sein d'une fédération. En lien avec le ministère de la Santé, nous nous employons à figurer en tant que socio-esthéticiennes et non pas esthéticiennes dans le nouveau répertoire des métiers de la fonction publique hospitalière.
Nous sommes également engagées dans une réflexion sur un nouveau référentiel de formation dans le cadre des travaux de la 19e commission professionnelle consultative "Soins personnels de l'Education nationale". Cette nouvelle formation s'étalerait sur 2 ans, laissant plus de place à la théorie, et pourrait déboucher sur un diplôme d'Etat.

Quel est son avenir selon vous ?

La qualification actuelle en 1 an (niveau bac), uniquement proposée par le CODES, intéresse de plus en plus de diplômées en esthétique (du CAP au BTS) souhaitant se tourner vers une dimension plus sociale de la profession.
L'avenir de la profession me semble prometteur en raison du vieillissement de la population et de la prise en compte plus grande de la dimension humaine et corporelle dans le soin. Il faut aussi souligner la forte mobilisation de la ligue contre le cancer pour financer des postes et soutenir des projets nouveaux. Le secteur social représente également un débouché important.

Propos recueillis par Annie Poullalié