Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Bruno Sesboué

Médecin du sport, Caen (14)
Date de l'interview : 01/06/2007

Il faut avoir conscience que faire de la médecine du sport, ce n'est pas soigner Zidane, mais être capable de s'adapter à tous les publics.

Le docteur Bruno Sesboué partage son temps entre les consultations la semaine, la surveillance des compétitions le week-end, et les colloques à l'étranger... sans oublier sa fonction de trésorier général de la SFMS, société française de médecine du sport.

Quelle est la spécificité de la médecine sportive ?

La médecine du sport concerne la prévention, le soin, l'épidémiologie et la recherche appliquée à l'être humain en mouvement. Elle ne s'adresse donc pas uniquement aux champions mais à toutes les personnes qui pratiquent une activité physique.

Quelles sont vos principales activités ?

Au CHU, la pratique de la médecine du sport se fait essentiellement en consultation externe. Les accidentés sont aiguillés vers le service d'urgence de l'hôpital, qui lui possède des lits. La consultation propose les spécialités suivantes : traumatologie, rééducation, rhumatologie, cardiologie, pédiatrie, médecine générale appliquée au sport, et explorations fonctionnelles (qui est ma spécialité).
J'assure une mission d'enseignement, de recherche et de soins. Je peux recevoir, par exemple, des personnes souffrant d'une pathologique (diabète, hypertension..) adressées par leur médecin traitant afin de définir un programme d'activités physiques adaptées. Seul un médecin du sport peut définir avec précision le choix, le rythme et l'intensité de l'activité à prescrire. En cas de traumatisme, les traitements proposés sont différents selon qu'il s'agisse d'un grand sportif ou d'une personne recherchant simplement à préserver sa forme physique. Les seniors et les personnes souffrant d'obésité constituent une clientèle en développement. En pédiatrie, l'intensité de l'activité physique d'un enfant sera étudiée, ainsi que la comptabilité avec sa croissance. Nous établissons également les certificats médicaux spécifiques (plongée, parachutisme...). Les médecins généralistes qui délivrent les certificats de non contre-indications nous adressent aussi des patients pour une vérification cardio-vasculaire.
Parallèlement je surveille très régulièrement des compétitions sportives, les week-ends, ce qui exige une grande disponibilité. Peu de compétition sont autorisées sans la présence d'un médecin. En cas d'accident, il doit être capable d'assurer le relais avec les urgences.
Une autre activité très importante est la prévention, la détection et la lutte contre le dopage.
Enfin, je voyage aussi beaucoup en France et à l'Etranger (colloques, séminaires, groupes de travail, etc.).

Quelle formation est requise pour devenir médecin du sport ?

On peut distinguer 3 niveaux. Il y a d'abord la sensibilisation à la médecine des activités physiques au cours du cursus médical mais qui n'est malheureusement pas proposée par toutes les facultés.
Il existe ensuite la capacité de médecine du sport (120 h de cours théoriques et 40 demi-journées de stage). Cette formation est facilement accessible à tous les médecins, le plus souvent des généralistes.
Enfin, le diplôme d'études spécialisées complémentaire (DESC) en médecine du sport dure 2 ans. Cette nouvelle formation (créée en 2002) est destinée à former en petit nombre des médecins du sport (entre 15 et 20 par an) qui trouveront des débouchés sans difficultés en tant que directeur médical d'une fédération sportive, médecin d'un club de sportifs de haut niveau, médecin dans un service de médecine de sport privé ou public, etc.
Aucun de ces deux diplômes n'est actuellement obligatoire pour exercer en tant que médecin du sport. La création du DESC devrait néanmoins contribuer à terme à développer en France une véritable médecine du sport.

Les besoins en médecine sportive sont-ils couverts ?

Ils sont loin de l'être même si des progrès existent. Mais il y a encore peu de médecins du sport installés en libéral et tous les hôpitaux n'offrent pas de service du sport. Vivre uniquement en pratiquant la médecine du sport est difficile en dehors des grandes agglomérations. De plus, les actes de prévention ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune souhaitant suivre cette voie ?

Il faut avoir conscience que faire de la médecine du sport, ce n'est pas soigner Zidane, mais être capable de s'adapter à tous les publics. En dehors des qualités recherchées chez un médecin, c'est un métier qui demande une très grande disponibilité et une ouverture d'esprit. Avoir la passion du sport de haut niveau n'est pas véritablement indispensable, mais tous les pros ne partagent pas mon avis !

Propos recueillis par Annie Poullalié