Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Luc Barrière

Ebéniste, 1er vice-président de l'UNAMA, Paris (75)
Date de l'interview : 01/04/2007

Le travail sur l'établi est important mais il est également indispensable d'apprendre à écouter une clientèle devenue plus exigeante.

Selon Luc Barrière, il faut miser sur la formation des jeunes pour assurer le développement et l'avenir des métiers de l'artisanat de l'ameublement.

Quelles sont vos missions au sein de l'UNAMA, union nationale de l'artisanat et des métiers de l'ameublement ?

Je travaille plus particulièrement sur les questions de formation initiale et continue.
Je participe activement aux travaux de la 13e commission professionnelle consultative (CPC) de l'Education nationale. Cette CPC donne un avis sur la création, l'actualisation ou la suppression des diplômes de l'enseignement technologique et professionnel dans le domaine des arts appliqués. Cela implique notamment la rédaction et l'actualisation des référentiels des diplômes. Elle a contribué à la création d'une MC tapissier permettant d'intégrer les réalités nouvelles de ce métier (pose de tentures murales chez le client et utilisation de matériaux modernes : mousse, synthétique, textiles...).
J'apporte mon expertise concrète concernant les gestes du métier.
Cette corrélation entre le monde professionnel et celui de la formation est indispensable pour que les diplômes puissent correspondre aux réalités et exigences actuelles des métiers d'art. Les formations doivent tenir compte notamment des nouveaux matériaux, des techniques récentes ainsi que de l'influence de l'environnement culturel et sociologique actuel.
Nous avons, par exemple, oeuvré pour que l'anglais soit conservé au programme des CAP en raison de la part importante des exportations dans l'artisanat de l'ameublement. Lors des salons professionnels internationaux notamment la maîtrise de l'anglais est indispensable.

Quelle est l'implication de l'UNAMA dans la formation des jeunes ?

Nous devons continuer à sensibiliser les entreprises artisanales à l'accueil des jeunes apprentis. Les professionnels doivent avoir la générosité de transmettre ce qu'ils ont eux-mêmes reçu. Les jeunes sont nombreux à vouloir se tourner vers les métiers de l'ameublement, plus particulièrement l'ébénisterie, mais trouver une entreprise d'accueil reste difficile. Les artisans travaillent souvent beaucoup et seuls. Ils ont de moins en moins de temps à consacrer à la formation. C'est pourtant indispensable pour que nos métiers continuent à vivre.
Nous sommes également impliqués dans l'accueil de classes de 3e dans le cadre de la DP3 (découverte professionnelle 3h).

Quelles sont les raisons du faible taux de féminisation des métiers de l'ameublement ?

Les jeunes filles sont intéressées par ces métiers et elles s'inscrivent dans les formations. Elles ne sont, en revanche, pas assez nombreuses à les exercer ensuite sans que nous ne sachions vraiment pourquoi. Il est vrai cependant qu'en ce qui concerne le métier d'ébéniste, une force de déménageur est quasiment requise lors des nombreux déplacements et livraisons de meubles qu'implique cette activité !

Pouvez-vous nous dresser le panorama du secteur de l'artisanat et des métiers d'ameublement, et plus particulièrement ses caractéristiques franciliennes ?

30.000 entreprises artisanales existent en France dans le secteur de l'ameublement (70 % sont des entreprises d'ébénisterie). A Paris, on compte 3.650 entreprises dont 50 % concernent l'activité de tapissiers. Les ébénistes parisiens travaillent principalement dans le domaine de la restauration du patrimoine (privé). Cette activité représente 30 à 40 % de leur chiffre d'affaires. Rappelons que pour restaurer le patrimoine public, un niveau II de formation spécialisée est requis.
Ces dernières années, dans Paris intra-muros, beaucoup d'ateliers d'ébénistes ont fermé pour s'établir en périphérie où l'espace est moins cher puisqu'il en faut beaucoup pour installer les machines. Certains travaillent pour le secteur industriel en produisant, de manière suivie et en petite série, des produits de qualité ; d'autres dans le secteur de l'agencement pour des lieux publics, ou pour une clientèle de particuliers.

Quelles sont les perspectives d'évolution du secteur en France et à l'exportation ?

L'UNAMA est là pour appuyer les entreprises artisanales françaises, les aider à se faire connaître, à mettre en valeur leur savoir-faire, leur capacité d'adaptation à la demande de la clientèle et permettre l'évolution de leurs produits en fonction des évolutions sociologiques.
Tout cela pour leur donner une position incontournable dans la lutte contre l'importation de produits étrangers, notamment de la production des ateliers d'Europe centrale et d'Asie, qui peut être de relative bonne qualité et contre la concurrence industrielle dans le domaine du meuble de 1er achat qui est aussi très forte avec des enseignes telle qu'IKEA qui proposent des produits d'un bon rapport qualité/prix.
Ainsi les jeunes artisans doivent faire preuve d'adaptabilité et mieux prendre en compte ces phénomènes commerciaux. Le travail sur l'établi est certes important mais il est également indispensable d'apprendre à écouter une clientèle devenue plus pragmatique et exigeante.
L'UNAMA aide ses adhérents à participer à des présentations collectives, aux salons professionnels (salon du meubles, biennale de éditeurs de la décoration du patrimoine ainsi que des salons régionaux) afin qu'ils se fassent connaître.