Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Christophe Tranchant

Responsable d'édition chez Milan Jeunesse, Toulouse (31)
Date de l'interview : 01/09/2006

Choisir le métier d’éditeur d’ouvrages signifie qu’il faut avoir de l’intuition et du flair pour savoir ce qui marchera demain.

Après des stages dans l'édition, ce passionné de livres "jeunesse" s'occupe des titres pour les 0 - 3 ans : "Qui où quoi", "Capucine la souris", des comptines à toucher... Il nous raconte comment il suit l'élaboration d'une dizaine de livres en même temps...

Comment avez-vous débuté dans ce métier ?

Après deux ans d'études de droit, j'ai décidé de me diriger vers la communication. J'ai choisi de m'inscrire à l'IUT information-communication, option métiers du livre à Aix-en-Provence. J'ai découvert que travailler avec les livres me plaisait et j'en ai fait mon métier. J'ai fait des stages pendant un an, notamment à Albin Michel Jeunesse et à Mila, une petite maison d'édition. J'ai ensuite décroché mon premier poste, assistant des éditions jeunesse aux éditions Grund, grâce au réseau que je me suis constitué en stage. Trois ans après, je suis devenu responsable d'édition à Milan.

Vous vous êtes dirigé vers le secteur jeunesse par goût ou par hasard ?

Publier des livres jeunesse, c'est ce que je voulais faire depuis le début. Je suis passionné par l'image, le graphisme et l'illustration. L'édition jeunesse est plus créative et il y a beaucoup plus de travail sur l'image que dans l'édition "classique". On a un rapport privilégié avec les illustrateurs, par exemple, avec qui on travaille sur le long terme, sur une relation de confiance.

Quelles sont les étapes nécessaires à la publication d'un livre ?

Au début, il y a le projet envoyé par un auteur. Il m'arrive aussi d'avoir une idée et de la commander à un auteur et à un illustrateur. Dans les deux cas, c'est à moi de négocier le contrat avec les artistes. Le suivi du livre commence. Je retravaille le texte avec l'auteur. Le maquettiste, que j'ai choisi, crée le principe de maquette et envoie le rough (l'esquisse de la mise en page) à l'illustrateur. Je contrôle les images, vérifie la couleur et demande les corrections sur un dessin si nécessaire. En parallèle, je fais le suivi de fabrication : je décide du format, de la pagination et du type de papier qu'on utilisera. Je me demande s'il faut prévoir une découpe spéciale ou un rabat, etc. Je choisis également les matières si c'est un livre "à toucher" pour les bébés... Je soumets un devis au service de fabrication. Pendant ce temps, le texte est révisé par les correcteurs, puis envoyé à la photogravure. Je vérifie que tout est conforme et le livre part ensuite à l'impression.

Qui décide du prix de vente d'un livre ?

Je fais une étude de coût et calcule le prix auquel on vendra la publication. Dans notre métier, il y a une partie de gestion financière. Je calcule le chiffre d'affaires et étudie les marges pour connaître les titres qui se vendent bien. Je suis en relation avec les commerciaux et je rédige les argumentaires de vente. De même, c'est moi qui achète les droits des livres étrangers, environ 10 % de mon catalogue.

Vous devez être très polyvalent !

C'est un métier de coordination : on fait le grand écart entre le créatif et le commercial. Et il y a beaucoup de responsabilités ! Je dois veiller au respect du planning. J'établi un rétro-planning où apparaissent les dates auxquelles le livre doit être chez l'imprimeur, quand l'illustrateur doit intervenir, etc. Et s'il y a un problème avec la maquette ou autre, par exemple, ce sera entièrement de ma faute... Je décide aussi de la ligne éditoriale à suivre : est-ce que l'on fait de l'édition grand public ou du haut de gamme, devons-nous publier de comptines ou des livres animés, etc. ?

Qu'aimez-vous le plus dans votre métier ? Et le moins ?

J'aime le contact avec des gens créatifs, c'est une stimulation intellectuelle permanente. Ce que j'aime le moins, c'est que l'on se heurte parfois à la réalité économique alors que nous sommes dans une logique de création d'oeuvres. Produit culturel, le livre reste un produit !

Quelles sont les qualités d'un bon éditeur ?

Du nez ! Ce n'est pas un métier où il faut énormément de connaissances techniques. Mais il faut avoir de l'intuition et du flair pour savoir ce qui marchera demain. On travaille toujours avec un an ou deux d'avance.

Que lisez-vous en ce moment?

Je viens de finir un recueil de nouvelles de Tonino Benacquista, "La boîte noire".