Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Cristina Coelho

Mosaïste, Paris (75)
Date de l'interview : 01/04/2006

J’aime les couleurs et les matériaux que je travaille : ils sont une ressource visuelle qui stimule mon intellect et ma curiosité.

Après un apprentissage auprès de maîtres mosaïstes italiens et quelques années de pratique, Cristina Coehlo a ouvert son propre atelier. Aujourd'hui, elle s'appuie sur les gestes traditionnels pour laisser parler sa créativité...

Comment avez-vous découvert la mosaïque ?

J'ai découvert la mosaïque lors d'une exposition à travers le travail de Verdiano Marzi, artiste mosaïste originaire de Ravenne en Italie, sous la forme de tableaux abstraits de verre et de marbre. J'ai été surprise par l'intensité des couleurs, l'éclat des pâtes de verre et le contraste entre le marbre, matériaux naturel brut, et le verre. A partir de ce jour, j'ai exploré toutes les formes que la mosaïque pouvait prendre : mosaïque antique romaine, mosaïque monumentale, mosaïque de chevalet, mosaïque décorative pour la maison, etc.

Qu'est-ce qui vous a motivé à en faire votre métier ?

Au moment où j'ai découvert la mosaïque, j'étais dans une phase de reconversion professionnelle. Mes recherches se dirigeaient vers une filière artisanale et/ou artistique. L'univers de la décoration de la maison m'attirait énormément. J'ai commencé par me documenter tant à travers des magazines de décoration que des livres dans les bibliothèques d'arts décoratifs. J'ai appris à analyser les tendances et me suis imprégnée de multitudes de couleurs. Les salons d'artisanat d'art m'ont fait découvrir d'autres métiers et des voyages successifs à l'étranger : Rome et Venise en Italie, par exemple, ou Barcelone en Espagne, ont enrichi mon imagination.

Quel a été votre parcours de formation ?

Mon apprentissage de la mosaïque s'est faite auprès de maîtres mosaïstes italiens, tels Verdiano Marzi, Giovanna Galli et Paolo Racagni, tous trois mosaïstes de renommée internationale. J'ai commencé par une approche des techniques traditionnelles, c'est-à-dire la reproduction de mosaïques antiques en marbre avec les outils traditionnels de coupe (la marteline et le taillant), puis, le travail de la mosaïque en volume et enfin, l'interprétation de peintures modernes transcrites en mosaïque.
Mon approche de la mosaïque décorative pour la maison s'est faite à partir de ces bases, qui, bien que différentes de la mosaïque telle que je la pratique aujourd'hui, m'ont semblé indispensables pour appréhender avec précision les gestes de coupe et de pose des matériaux. J'ai pratiqué pendant 6 ans en tant qu'autodidacte avant de m'installer à mon compte. A ce jour, je pratique la mosaïque depuis plus de 8 ans.

Au bout de combien d'années d'expérience avez-vous pu ouvrir votre propre atelier ?

J'ai créé mon propre espace de travail depuis que je me suis installée à mon compte, à savoir 3 ans 1/2. Je travaille à deux endroits différents. Je réalise la partie "gros travaux" dans un hangar et la partie "conception" dans un autre local d'un peu moins de 20m2 à domicile. J'ai opté pour cette solution par souci de rentabilité.

Arrivez-vous à vivre financièrement de votre activité ou avez-vous une autre activité en parallèle ?
Il faut attendre la troisième année d'installation pour réellement commencer à faire des bénéfices, mais pour en profiter vraiment et avoir des revenus satisfaisants il faut jouer sur plusieurs terrains. La production seule n'est pas toujours suffisante compte tenu des charges financières importantes dont nous faisons l'objet en tant qu'artisan. C'est pourquoi, il ne faut pas hésiter à faire du décoratif comme faire des chantiers chez les particuliers (salle de bains ou cuisine, par exemple) ou bien donner des cours, car il y a de la demande. C'est justement cette voie que je souhaite développer. Pour aller dans ce sens, je viens de réaliser un livre de 80 pages sur le thème de la mosaïque dans la maison. J'aimerais aussi, travailler avec les enfants de 8 à 12 ans en ateliers créatifs. Ce sera peut-être pour bientôt...

Dans le cadre de votre activité professionnelle, quels sont les différents produits que vous pouvez réaliser ?

Dans le domaine de la décoration de la maison, la mosaïque prend la forme de meubles ou d'objets décoratifs tels que des commodes, chiffonniers, chevets, miroirs, tables, vases, coffrets ou totems. Il est possible de faire aussi des décors pour cuisine ou salle de bains. Je travaille toutes les gammes de verre, émaux de verre ou pâtes de verre ainsi que les céramiques ou le marbre. Les décors peuvent être figuratifs ou abstraits ou bien inspirés de motifs géométriques romains, par exemple.

Quelle est la réalisation qui vous a demandé le plus d'heures de travail ?

La réalisation qui m'a demandé le plus d'heures de travail a été la confection d'un cadre de miroir en micro-mosaïque, car il y a un long travail de coupe des matières premières et de pose des "tesselles". J'ai dû couper environ 15.000 tesselles d'une taille moyenne de 2 à 3 mm à la pince de mosaïste à partir de plaquettes d'émaux de verre de 8x8 cm. Le décor représentait une frise d'inspiration romaine. Plusieurs centaines d'heures de travail ont été nécessaires pour réaliser ce miroir, son coût de revient était très élevé.

Qu'aimez-vous particulièrement dans votre métier ?

Ce que j'aime avant tout, c'est la complémentarité entre l'aspect manuel du travail et la part plus intellectuelle de conception. Ces deux aspects sont présents de façon équilibrée et indissociable. C'est un rapport au corps qui ne dissocie pas ces deux parts de nous-même et je m'y reconnais bien. J'aime l'aspect physique, parfois difficile de certaines tâches, la coupe du verre par exemple car il ne faut pas avoir peur de se couper, mais j'aime surtout les couleurs et les matériaux que je travaille : ils sont une ressource visuelle qui alimente mon intellect et qui stimule ma curiosité.
J'aime aussi le défi que présente le fait de faire toujours de nouvelles pièces car je réalise surtout des pièces uniques sur commande, j'apprécie aussi l'autonomie que m'apporte mon métier.

Si un jeune est tenté par la mosaïque, quels conseils pourriez-vous lui donner ?

Si un jeune est tenté par la mosaïque, j'aurais tendance à lui conseiller la voie "artisanale" et non "artistique", à savoir faire une formation de carreleur-mosaïste pour travailler plutôt sur des chantiers que dans des salons d'artisanat d'art car il me semble que cela soit un peu plus sûre que l'autre formule, qui comme tous les métiers d'art, comporte un aspect plus aléatoire.