Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Aurélien Pallier Colinot

Monteur et photographe de plateau, Paris (75)
Date de l'interview : 01/05/2005

J’éprouve une sensation de totale liberté par rapport à mon double métier artistique où les rencontres et les expériences sont riches.

L'image, photographique aussi bien que cinématographique, a toujours fasciné Aurélien Pallier Collinot. Après cinq années d'activité professionnelle dans ce domaine, il fait le point sur son parcours.

Quel a été votre parcours d'études ?

Après un bac scientifique, j'ai entamé un DEUG sciences de la matière. Mais de plus en plus désintéressé par la fac, je me suis réorienté en cinéma via un BTS audiovisuel option montage. Et pendant cette formation, j'étais passionné et très motivé !

Qu'est-ce qui vous attirait dans les métiers du cinéma ? Et dans le montage en particulier ?

J'ai commencé par aller très souvent au cinéma, à partir de la seconde, environ trois fois par semaine. Je me souviens m'être dit : "un jour, j'aimerais prendre part moi aussi à l'élaboration de ces images et ces histoires", que je dévorais sur les écrans. Mais je ne réalisais pas trop que c'était un vrai choix de carrière, de métier, et bien sûr d'études.
Puis, lors de la réalisation avec trois bouts de ficelle de mon premier court-métrage en vidéo, grâce au caméra-club de la fac, c'est véritablement à la phase du montage, quand j'ai commencé à "tricoter" l'histoire avec les plans et les séquences, que je me suis rendu compte à quel point cette activité était passionnante. Et puis le côté un peu ''caché'', discret, à l'écart et peu connu du montage m'a attiré.

Vous avez la double casquette de monteur et de photographe de plateau. Pouvez-vous nous expliquer votre parcours pro ?

Depuis l'âge de 12 ans, j'avais pris l'habitude d'avoir toujours avec moi mon boîtier reflex Minolta. Puis en grandissant, je me suis fait offrir et ai acheté une petite gamme d'objectifs. J'ai tout de suite été très rigoureux dans le classement des négatifs, la présentation et l'organisation des photos. Que ce soit pour des vacances, une randonnée, une visite, un concert ou encore le passage d'une comète, j'expérimentais, je testais : les ouvertures, les objectifs, les émulsions, etc.
C'est lorsque je me suis réorienté en cinéma avec le montage que j'ai découvert la photo de plateau. Mais bien qu'étant en département montage, j'ai rapidement été amené à fréquenter les étudiants des autres départements (image, son, production), et comme je suis de nature très curieuse et touche-à-tout, je me suis vite retrouvé à donner des coups de main sur le moindre petit tournage d'étude, en étant tour à tour perchman, régisseur, figurant, machiniste, etc.
L'ambiance si particulière du tournage m'a énormément intéressé, en tant que source de situation extrêmement photogénique (et pour cause !) : une lumière élaborée par un chef opérateur, un décor pensé, organisé et construit, des comédiens maquillés et costumés, des histoires uniques et parfois cocasses... C'est pendant ces tournages, où mon boîtier et mes objectifs bien sûr m'accompagnaient, que j'ai commencé à non seulement prendre goût à faire encore plus de photo que d'habitude dans ces situations de tournage là, mais également que je me suis rendu compte que mon travail plaisait, et que je comblais un vide : il y avait là une vraie place à prendre, un métier à part entière !
Par la suite, j'ai continué à faire des photos de plateau sur des courts-métrages, tout en travaillant après mes études principalement comme monteur. Et puis au fur et à mesure des expériences et des années, le 90% montage - 10% photo s'est transformé en 50% montage - 50% photo, ce qui finalement me plait bien et me sert autant dans une activité que dans l'autre : je peux monter sans ignorer toutes les contingences d'un tournage, et je peux photographier sur un tournage sans ignorer ce qu'il adviendra des scènes tournées au montage.

Quelles sont les principales activités d'un monteur ?

Le quotidien du monteur est varié : lecture du scénario, discussion avec le réalisateur sur ses intentions filmiques, récupération des rushes du laboratoire après développement et transfert sur cassette vidéo, visionnage, numérisation et dérushage puis classement des plans tournés sur la station de montage virtuelle, construction d'un ''ours'' (premier bout à bout), visionnage avec le réalisateur, puis montage scène par scène, en affinant de plus en plus le rythme du film, et en prenant en compte les remarques issues des projection avec le producteur, des personnes étrangères au film. Ensuite, après validation du montage final, il reste à faire l'édition d'une "EDL", liste de points de montage que l'on transmet au laboratoire, qui ré-exécute le même montage à partir du négatif original, puis tire une première copie positive.

D'un photographe de plateau ?

Chez un photographe de plateau, les activités sont multiples aussi : rencontre avec le réalisateur, prise de connaissance du plan de travail pour repérer le nombre de décors différents, le nombre de jours de tournage prévus avec tel ou tel comédien en fonction de l'importance qu'il a dans le scénario, repérage des scènes intérieures ou extérieures, jour ou nuit, pour préparer les films adéquats (forte sensibilité si peu d'éclairage en intérieur par exemple, ou pellicule très fine si extérieur grand soleil), repérage également des conditions de tournages (équipe réduite ou non certains jours, décors accessibles ou bien exigu, etc.). Ensuite, il s'agit d'être présent sur le plateau presque tous les jours du tournage, et prise de photos de l'action du film, des répétitions, des comédiens en préparation, mais également du reste de l'équipe, des décors... bref, de toute la vie d'un tournage.

Comment décrochez-vous vos différentes missions ?

Force est de constater que depuis 5 ans maintenant que je travaille, presque tous mes travaux rémunérés ont été trouvés par contact, réseau, relation, rencontre : au départ grâce au réseau de mes anciens camarades de promotion du BTS puis souvent suite à des rencontres, des affinités surtout grâce à la photo de plateau qui me permet de rencontrer beaucoup de monde sur les tournages.
Aujourd'hui, mes nouvelles opportunités de travail me viennent soit de mon réseau, soit de recommandations, soit de mon site Internet, que je me suis construit petit à petit, et qui marche très bien, autant comme CV interactif que comme book en ligne ou bande-démo de mes travaux, de mes parcours et expériences.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ? Le moins ?

Ce qui me plait le plus : les rencontres, les expériences chaque fois différentes pour chaque nouveau film, ma passion du cinéma que je peux ainsi assouvir, et la sensation de totale liberté par rapport à son travail.
Le revers de ce domaine du cinéma est l'incertitude qui est propre à l'intermittence, le fait de ne jamais savoir si on trouvera du travail le mois suivant. Mais c'est en même temps un point positif : même si c'est quelquefois inconfortable, c'est aussi plaisant de ne justement pas savoir ce qu'on fera l'année d'après.

A quel poste vous imaginez-vous dans 10 ans ?

Ayant de nombreux projets de scénarios en développement, dont un qui a été sélectionné en Atelier d'Ecriture Cinéma l'an passé, et circule entre différentes sociétés de productions, j'espère bien dans 10 ans avoir réalisé mes premier, deuxième et troisième court-métrage, tout en travaillant toujours à côté comme monteur et photographe de plateau.