Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

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Florence Cailliot-d'Ivernois

Comportementaliste pour chat, Paris (75)
Date de l'interview : 01/02/2005

Le comportementaliste ne touche jamais les animaux qu'il étudie. Cela peut frustrer certains passionnés !

A la sortie de son DEA en éthologie, passionnée autant par les humains que par les chats, Florence Cailliot-d'Ivernois a choisi de devenir comportementaliste et de travailler en libéral. Zoom sur un métier passionnant, mais encore peu rémunérateur...

Quel a été votre parcours de formation ?

Après un bac général ES (économie), je voulais devenir journaliste. Je me suis donc inscrite au CELSA et ai suivi les 2 premières années, qui m'ont permis de valider un DEUG. J'ai alors eu envie de me diriger plutôt vers l'étude du comportement humain et ai bifurqué vers une licence d'ethnologie. Ces études me plaisaient autant que ma passion personnelle pour les chats. J'ai donc enchaîné par une maîtrise et un DEA en choisissant l'éthologie comme spécialité.

Quel était le contenu du DEA d'ethnologie, mention éthologie de l'université Paris V ?

L'ensemble des matières enseignées relèvent du domaine des sciences sociales : psychologie sociale, sociologie, démographie, anthropologie, maîtrise des techniques d'investigation, travaux de recherche, etc.
Je suivais spécifiquement 2 cours en éthologie animale. Dans le cadre des recherches à mener, je faisais donc des déplacements dans des refuges et chez des particuliers pour observer leurs animaux, des chats en l'occurrence.
Les travaux dirigés étaient aussi très pratiques avec des séances de visionnage de vidéos, l'apprentissage des outils d'observation...
Il fallait aussi rédiger 2 mémoires dans le cadre du DEA. J'ai alors étudié les thèmes suivants : " contribution à l'analyse critique de la théorie de l'infantilisation du chat domestique" et " étude des différences de représentations et de pratiques qu'ont les hommes et les femmes vis-à-vis de leur chat familier".

Comment avez-vous choisi d'exercer en libéral ?

Avec le DEA, peu de débouchés étaient proposés. Les laboratoires de recherches ou les entreprises n'embauchent pas ou peu d'éthologues, c'est-à-dire des chercheurs spécialisés dans le comportement de l'humain ou d'un animal. Une carrière dans la recherche étant quasiment impossible une autre solution était envisageable : se lancer en indépendante. Le métier de comportementaliste m'attirait particulièrement. J'ai décidé de me professionnaliser en suivant une formation privée de 5 semaines, très chère mais très utile ! J'y ai approfondi la méthode de l'entretien et la gestion d'un trouble de comportement animal.

En quoi consiste le métier de comportementaliste pour chat ?

Un comportementaliste est un spécialiste de la relation homme/animal. Son rôle est d'aider les propriétaires qui rencontrent des difficultés avec leur animal.
Au quotidien, un propriétaire de chat prend contact avec moi par téléphone ou e-mail. Après une rapide conversation pour cerner le problème, nous fixons une séance à son domicile. Je passe alors environ 1 h 30 chez la personne. Pendant 45 minutes, le propriétaire m'expose longuement ses observations, son ressenti, les difficultés qu'il rencontre, ce qu'il a essayé de modifier dans sa relation avec l'animal. J'observe aussi le chat dans son environnement familier (quand il ne se cache pas !), note ses déplacements, ses attitudes, ses interactions avec son maître, etc.
Pendant la seconde partie de l'entretien, je reformule les éléments de la situation ce qui permet souvent au propriétaire de m'apporter des détails supplémentaires, de faire émerger d'autres idées. Enfin je propose des solutions, discute de ce qui peut être modifié.
De retour chez moi, je fais une synthèse écrite des observations et des préconisations : c'est le dossier de l'animal. En général, 1 à 2 séances suffisent pour régler le trouble du comportement.

Comment avez-vous trouvé vos premiers clients ?

J'ai eu la chance d'être "chaperonnée" par une comportementaliste pour chien, qui m'a permis de faire des articles, à titre gratuit, dans des revues spécialisées. Mes chroniques de conseils mentionnaient mes coordonnées... ce qui m'a ramené mes 1ers clients !
Pour se lancer dans la profession, certains optent pour des encarts publicitaires et d'autres prospectent auprès des cabinets vétérinaires. Mais il faut bien 3 ans d'activités, à un rythme assez bas, avant de vivre vraiment de ce métier.
C'est progressivement que l'on se fait connaître. Après 6 mois, j'ai 3 rendez-vous par semaine et mes collègues m'affirment que c'est un très bon début. Mais mes revenus restent insuffisants pour en vivre actuellement. J'envisage, en parallèle, de faire des articles rémunérés pour la presse spécialisée.

Quels conseils pourriez-vous donner à des jeunes ?

Il faut certes aimer les animaux mais aussi beaucoup les humains. Le problème du comportement de l'animal peut venir d'un comportement de son propriétaire. Il faut alors lui faire prendre conscience de cela pour l'aider à changer ses habitudes vis-à-vis de l'animal.
Il faut aussi savoir qu'un éthologue ou un comportementaliste ne touche jamais les animaux qu'il étudie. Ce sont des métiers d'observation : on ne doit donc pas interférer dans l'espace naturel de l'animal ni même solliciter un contact physique, sinon on fausse son comportement. Et cela peut frustrer certains passionnés !