
Pour réussir dans le graphisme, il est important d'avoir le sens de l'équilibre visuel. C'est comme avoir une bonne oreille en musique.
Diplômée de l'ENSAD en illustration, Nathalie Ponsard-Gutknecht travaille aujourd'hui en free-lance aussi bien pour créer des signalétiques dans les musées que des affiches ou des supports éditoriaux...
Pourquoi et comment avez-vous choisi de travailler sur l'image ?
J'ai toujours dessiné, créé des objets, travaillé le bois, le tissu, etc. J'avais besoin de produire des choses presque quotidiennement. Très vite, j'ai revendiqué ce goût, surtout lorsqu'il a été question d'orientation en classe de troisième. Mais j'étais jeune, et "dessiner n'était pas un métier, mais un loisir" selon mes parents. J'ai donc continué une scolarité classique en ayant pour consolation des cours d'arts plastiques. J'ai poursuivi par des études en biologie, car c'était pour moi la matière scientifique "la plus humaine". Mes camarades photocopiaient mes dessins de travaux pratiques. J'avais un certain coup de crayon et le sens des couleurs.
Après l'obtention laborieuse du DEUG, mes parents m'ont alors donné la chance d'accéder à mon rêve, en me finançant un an d'atelier de dessin. Il fallait que je fasse mes preuves. J'ai réussi le concours des Arts décoratifs (ENSAD) à la fin de cette année, en 1990.
Quel a été votre cursus à l'ENSAD ?
L'obtention du diplôme se fait au bout de 4 ans d'études. Je me suis spécialisée en troisième année en Illustration, avec une option gravure. Cela faisait partie de la section "Image imprimée", qui comprenait à l'époque la gravure, l'illustration, la peinture, la sculpture, les matériaux de synthèse. J'ai obtenu mon diplôme en illustration en 1994.
Pour des raisons personnelles je suis partie en Suisse où j'ai eu l'opportunité de rentrer dans une société de marketing direct. Je m'y suis formée au graphisme et me suis alors orientée vers la communication visuelle. De retour en France en 2001, j'ai eu l'occasion de travailler avec un ami architecte sur la scénographie d'une exposition. Aborder le graphisme en 3D a été pour moi une révélation. C'est une démarche plus rationnelle, qui me permet d'associer ma démarche créative avec ma formation scientifique. Je continue aujourd'hui ce travail, en expérimentant sans cesse de nouveaux supports.
Vous travaillez en free-lance depuis 4 ans. A quoi ressemble votre quotidien ?
Il n'y a pas une journée ou une semaine qui se ressemble ! Quand je suis en mission en agence, les horaires sont plus "définis". Mais je dois encore travailler le soir ou le week-end à la maison, si j'ai un projet personnel en cours. J'ai un métier qui se fait majoritairement dans "l'urgence", car j'interviens en "bout de chaîne". Je fais des devis, des propositions, les clients réfléchissent des semaines, et puis parfois se décident à la dernière minute : il faut alors être très réactif et tenir les délais serrés.
Qu'aimez-vous dans votre travail ? Quels sont les aspects moins plaisants ?
J'aime le fait que ce n'est jamais pareil, ou presque jamais (c'est aussi l'avantage d'être freelance). Chaque projet a sa problématique qu'il faut résoudre, mais les solutions sont multiples... C'est un jeu ! J'aime aussi travailler en équipe, car on apprend énormément des autres. Ils nous poussent à nous dépasser, nous forcent à sortir de nos "systèmes". Mais j'aime aussi être mon propre chef, gérer un projet de A à Z... qu'il soit mon "bébé".
Par contre, je n'aime pas le stress, et pourtant les ambiances d'agences à 22 h un soir de "charrette" sont irremplaçables ! Je n'aime pas cette "mode", de plus en plus répandue, des présentations en concurrence, où l'on nous fait travailler gratuitement, sans aucune assurance que nos idées ne seront pas réutilisées par la suite. Je trouve qu'il y a vraiment un manque à ce niveau de protection de notre statut et de notre travail.
Quelles sont les qualités indispensables pour exercer votre travail ?
Je crois que pour réussir dans le graphisme, il est important d'avoir le sens de l' équilibre visuel. C'est un peu comme avoir une bonne oreille en musique.
Mais surtout être passionné, si l'on veut faire ce métier comme il faut, et surtout se faire plaisir. Il ne faut jamais baisser les bras et pourtant les moments de doute ne manquent pas. Regarder les autres, les écouter, échanger. Tous ces rapports humains sont importants.