Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Joss Delaume

Infographiste 3D et créateur d'entreprise, Paris (75)
Date de l'interview : 01/12/2004

A la fois créatif et technicien, je suis une passerelle entre deux mondes qui ont du mal à se parler.

Intéressé par les volumes et la transposition en 3D sur informatique, Joss Delaume s'est peu à peu spécialisé dans le design d'espace. Il revient sur son parcours et son métier...

Quel a été votre parcours de formation ?

Après mon baccalauréat S, je m'entêtais à faire une licence de STAPS. Or, si j'étais doué pour le sport, j'étais moins à l'aise avec les enfants, ce que j'ai réalisé après un premier stage. Je me suis donc réorienté vers mes distractions adolescentes : les jeux vidéo. Ce qui me plaisait dans cet univers, c'est l'idée de pouvoir créer tout paysage ou objet, de le faire devenir réalité, sans avoir de talents en dessin. Je ne suis pas un artiste, je n'ai pas de book. Je n'ai donc pu être sélectionné dans les grandes écoles parisiennes qui préparent au métier d'infographiste. Ces dernières vous demandent par exemple de leur dessiner - à la main - une tasse de café sous des dizaines d'angles différents. Ma voie a été autre : en 2001, j'ai été sélectionné dans une école privée sous contrat de formation, en alternance de 15 mois. Cette formation ne débouchait pas sur un diplôme mais était très orientée vers la vie active.

Votre formation en alternance au métier d'infographiste 3D s'est révélée payante ?

Tout d'abord, j'ai été ravi : moi qui n'aimais pas l'ambiance des facultés, je pouvais enfin travailler sur des ordinateurs à longueur de journées et apprendre les techniques de base de la 3D dans un environnement très stimulant. J'ai en particulier appris à me servir dans les moindres détails du logiciel 3D le plus utilisé, 3S Studio max, ainsi que du logiciel de traitement d'image Photoshop.
Ce sont des cours orientés sur la pratique où tous les élèves travaillent de concert sur leurs ordinateurs reliés à un rétroprojecteur. J'ai appris à concevoir un story-board, à modéliser des objets et des personnes et à monter de petites séquences vidéo.
Par contre, il a été très difficile de trouver une entreprise qui accepte de me prendre en alternance. En effet, à cause du succès des jeux vidéo, beaucoup de jeunes veulent travailler dans le domaine. Et la France compte peu d'entreprises de création de jeux vidéo. La concurrence est rude ! Sans expérience préalable, sans talent en dessin, je ne faisais pas le poids.

Comment avez-vous finalement réussi à devenir infographiste 3D ?

Une société spécialisée dans la retouche photo cherchait un technicien apportant une vision nouvelle. Ils étaient prêts à me former en échange de mon approche différente de leur métier. J'ai ainsi appris le métier de la retouche photo, auquel ma formation ne m'avait pas vraiment préparé, sauf en m'enseignant le maniement de Photoshop. J'ai exercé pendant un an et demi. Même si cela n'avait aucun lien avec la 3D, j'ai pu apprécier mes qualités dans le monde de l'entreprise et la relation avec les clients. J'ai ainsi retouché les images de certaines marques d'automobile françaises pour améliorer leurs plaquettes, magnifié des publicités de parfums de renom... Puis, le cadre de l'entreprise et ses horaires contraignants m'ont semblé frustrants. J'ai donc démissionné, et décidé de créer ma propre entreprise.

Créateur d'entreprise dans l'infographie 3D, n'est-ce pas trop risqué ?

Ma société est en cours de création, mais j'ai déjà mon premier client ! Loin du jeu vidéo de mon adolescence, j'ai choisi l'infographie 3D appliquée à l'architecture intérieure suite à une réflexion approfondie sur le marché.
Je sais que je ne suis pas assez bon pour l'industrie du jeu vidéo mais mes compétences en modélisation suffisent pour l'architecture où il ne s'agit pas d'animer des personnages. En France, les architectes et architectes d'intérieur se servent encore assez peu de l'outil informatique, ou alors avec des outils qui génèrent des rendus très peu réalistes.

En quoi consiste votre activité ?

Dans le domaine où j'ai trouvé mon premier client - l'aménagement des boutiques - l'architecte d'intérieur conçoit les étagères et les vitrines, choisit les lustres, les couleurs, les enseignes, etc. Son client, le futur commerçant, doit lui faire aveuglément confiance et investir entre 50.000 et 100.000 euros avant de voir le résultat. Je fais donc le lien entre ces deux personnes en leur permettant de visualiser le résultat final. Je sais rendre les textures, la lumière, comme sur une photo. Ils peuvent ainsi prendre une décision en connaissance de cause. Ce métier est déjà courant dans les autres pays européens et a de belles perspectives d'avenir. Dans le secteur de la communication visuelle, je suis un intermédiaire, un facilitateur. A la fois créatif et technicien, je suis une passerelle entre deux mondes qui ont du mal à se parler.