
Les ludothécaires n'interviennent que s'ils sont sollicités par le public pour des conseils ou pour jouer !
Passionnée par les jeux et les relations humaines, Nadège Haberbush évoque les métiers d'une ludothèque et les qualités requises pour s'y épanouir...
Quel a été votre parcours de formation ?
Après un bac littéraire, j'ai étudié 4 ans les sciences de l'éducation à l'université Paris XIII. Rapidement, j'ai été intéressée par la problématique du jeu. J'avais envie de découvrir de nouvelles formes de pédagogie. C'est pour cela que j'ai notamment suivi l'option de préscolarisation (crèche et maternelle) en maîtrise et poursuivi en DESS sciences du jeu. Mon mémoire portait sur le lien pouvant exister entre les ludothèques et les écoles. J'ai alors réalisé 2 stages en ludothèque : une associative à Saint-Denis et l'autre municipale à Issy-les-Moulineaux.
Comment avez-vous décroché votre poste de directrice de ludothèque ? En quoi consiste votre travail ?
A la fin de mon DESS, j'ai eu la chance de pouvoir tout de suite prendre la co-direction de la ludothèque de Saint-Denis où j'avais fait mon stage. Ma collègue et moi-même gérons à deux l'ensemble des missions de direction : gestion des contrats et encadrement d'une équipe de 8 salariés, mise en place des actions au sein de la ludothèque et de la "ludomobile" (camion transportant des jeux et permettant de faire des activités en dehors de la structure), journées de formation auprès d'autres professionnels, recherche de financement... et petits tracas du quotidien comme des fuites d'eau ! Cela demande une grande polyvalence.
Quel est, selon vous, le rôle d'un ludothécaire ?
Une ludothèque est un lieu où le public (en grande majorité des enfants) vient jouer. C'est aussi un lieu de prêt de jeux et jouets. En tant que professionnels, on doit donner la possibilité aux gens de jouer et cela demande un important travail en amont. Il faut préparer les espaces de jeu, connaître et tester tous les jeux (pour être capable d'expliquer les règles, et de les conseiller, etc.), étiqueter et plastifier chaque pièce ou carte, faire des fiches par jeu, etc.
Ensuite, pendant les heures d'accueil du public, il faut savoir être disponible : le jeu doit être libre car cela permet la création. Les ludothécaires n'interviennent que s'ils sont sollicités pour des conseils ou pour jouer !
Quelles sont les qualités attendues chez un ludothécaire lors d'un recrutement ?
Les candidats doivent être dans l'état d'esprit de toujours apprendre et de se remettre en question. Ils doivent aussi connaître le développement de l'enfant pour respecter son jeu. Par exemple, si un garçon de 8 ans demande à jouer à la poupée, il faut lui dire que cela est possible et lui en donner l'occasion, faire tomber quelques idées reçues sur les jeux, etc. Il faut aussi être capable de responsabiliser un enfant selon son âge.Il est important d'être sans cesse dans l'analyse de la pratique. Après chaque action, nous menons des réunions de bilan où chacun expose ses activités, ses difficultés, sa façon de faire, etc. Il est essentiel de savoir entendre les conseils des autres et d'échanger avec eux.
Quels sont les profils des ludothécaires de votre équipe par exemple ?
Les diplômes menant au métier de ludothécaire sont encore rares (diplôme universitaire de Bordeaux, DESS science du jeu et le diplôme de Caravansérail en cours de reconnaissance...), nos critères de recrutement portent plus sur des compétences que sur un diplôme en particulier.
Les profils sont très variés : des anciens de DESS sciences du jeu, des titulaires d'un bac + 2 ou bac + 5 en sciences humaines (psychologie, sociologie). Mais dans l'équipe, on compte aussi une personne qui n'a aucun diplôme, une autre qui a un CAP petite enfance, etc.
Justifier d'une expérience dans l'animation, être intéressé par les relations humaines, et avoir une grande capacité d'apprendre sont les fils conducteurs de leur réussite. Et bien sûr, nous sommes pour la mixité même si le métier est très féminisé.