
Jongler entre les cours à donner et les recherches au laboratoire est loin d'être une gymnastique aisée !
Philippe Chouteau est maître de conférences à l'IUT de l'université Paris-Est CréteiI (ex Paris XII). Entre son implication pédagogique et l'avancée de ses recherches, son coeur balance.
Comment êtes vous arrivé au métier de maître de conférence ?
C'est en avançant dans les études que mon intérêt pour la recherche a été grandissant. En fait, après une thèse en biologie, 3 voies sont possibles : devenir chargé de recherche dans un organisme public de recherche, travailler dans l'industrie privée ou être candidat à un poste d'enseignant-chercheur. Dans tous les cas, il faut parfaire sa formation une ou plusieurs années à l'étranger pour percer. Pour postuler à un poste d'enseignant-chercheur, il est préférable de multiplier les heures d'enseignement dans le supérieur pendant sa thèse. Mon parcours personnel m'a plutôt mené vers cette voie.
Quel est votre cursus de formation ?
Après un bac scientifique, j'ai enchaîné un DEUG, une licence et une maîtrise en biologie. Et c'est en maîtrise, que j'ai commencé à me passionner pour les techniques biologiques appliquées au domaine médical. Après une coupure de 2 ans pendant lesquels j'ai fait mon service militaire en travaillant dans un laboratoire, j'ai suivi un DEA. Durant toutes mes études, j'ai eu la chance d'avoir le soutien financier de mes parents, ce qui n'est pas négligeable pour parvenir jusqu'en thèse. Pour cette dernière, le choix de mener une recherche en biologie médicale m'a fait obtenir une bourse. Mes travaux de recherche portaient alors sur le virus de l'hépatite B.
Quelle a été votre première expérience d'enseignant ?
J'ai obtenu un poste d'ATER à l'université de Rennes lors de ma 3e année de thèse. Comme ma bourse prenait fin, cela m'a permis à la fois d'avoir ma 1ere expérience mais aussi de subvenir à mes besoins ! Mon contrat a d'ailleurs été renouvelé pour ma dernière année de thèse. J'ai assuré l'équivalent de 96 heures de TD. Accumuler les heures en tant qu'ATER à l'université est un formidable tremplin si ensuite on veut se positionner sur un poste de maître de conférence. Néanmoins cette condition n'est pas suffisante : il faut aussi faire preuve d'une réussite en recherche.
Quelles sont les démarches à suivre pour devenir maître de conférence ?
Il faut d'abord obtenir une habilitation qui donne le droit d'être candidat à des postes d'enseignant-chercheur. Comme tout postulant, j'ai monté un dossier avec mon CV, les articles que j'ai publiés pendant ma thèse, les mentions obtenues, mon expérience d'ATER, etc. Cette habilitation acquise, après délibération par un jury national, il faut alors se renseigner sur les postes ouverts à concours dans les universités. Si un profil de poste correspond à la fois à ses propres choix et à sa formation scientifique et pédagogique, on envoie un dossier à l'université qui propose le poste. On peut répondre à plusieurs propositions la même année. Dans mon cas, une dizaine de dossiers ont été retenus à Paris XII. J'ai été reçu en entretien préalable puis en audition devant un jury réuni par l'université. Le soir même, j'avais un message au labo pour savoir si j'acceptais le poste... ce que j'ai fait !
A quoi ressemble votre quotidien de maître de conférence ?
Depuis septembre 2001, je travaille dans un IUT de biologie. J'enseigne en 1ere et 2e années de DUT. La préparation, les cours et les corrections me prennent énormément de temps tout comme les courriers administratifs, les réunions et les rapports liés aux recherches que je mène.
Jongler entre les cours à donner et les recherches au laboratoire est loin d'être une gymnastique aisée ! Parfois je ressens un grand décalage entre le niveau bac + 2 que j'enseigne et mes recherches en labo sur l'hépatite C. Il m'est par exemple difficile d'alimenter mes réflexions par les cours que je donne. Mais c'est le quotidien d'un maître de conférence. On a parfois du mal à se situer. Le comble est aussi que l'on nous reproche parfois de ne pas nous impliquer assez dans la structure pédagogique - ou au labo. On est tiraillé entre les deux constamment ! Mais tout ceci est une histoire d'équilibre qu'on doit pouvoir trouver au fil des ans. D'autant que ce métier à double facette est, je pense, équilibrant en permettant d'associer deux professions dissemblables mais au final très complémentaires.
Vidéo