Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Tous les métiers et les formations initiales en île-de-France

Chantal Borgel

Psychologue du travail et conseillère VAE au CNAM, Paris (75)
Date de l'interview : 03/08/2010

La formation continue permet de réaliser un projet professionnel que l’on n’avait pas pu accomplir à un moment donné de sa vie.

Psychologue du travail, Chantal Borgel travaille au CNAM en tant que conseillère VAE. Elle anime des réunions d’information et accompagne les candidats tout au long de la constitution de leur dossier. Elle a également exercé dans des organismes de formation et au Fongecif Ile-de-France. Elle assure un enseignement de « Projet personnel et professionnel » à l’Université de Paris 3.

Que représente la formation continue pour ceux qui s’y engagent ?

Le bilan de compétence peut déclencher une prise de conscience. Les individus se rendent compte qu’ils exercent un métier qui ne leur plaît pas. Souvent, ils n’ont pas choisi leurs études car ils ont dû s’assumer très tôt pour des raisons familiales. L’entrée en formation peut prendre alors la forme d’un défi que l’on se lance à soi-même : suis-je capable de suivre une formation et d’obtenir un diplôme ? C’est une véritable prise de risque, assumée et volontaire. En ce sens, la formation continue représente une école de la deuxième chance.

Quels sont les bienfaits psychologiques de la formation continue ?

Quand on réussit ses examens, on prend de plus en plus confiance en soi. On a envie d’aller jusqu’au bout de ses capacités. Surtout, la formation continue offre le moyen de réaliser un projet professionnel que l’on n’avait pas pu accomplir à un moment donné de sa vie. Elle peut par exemple permettre à une femme qui a toujours désiré être infirmière sans pouvoir le devenir de se mettre enfin en accord avec son projet de vie. Evidemment, c’est une source d’épanouissement indéniable.

Quel est l’impact de la formation sur l’estime de soi ?

Prenons l’exemple d’un salarié faisant le travail d’un ingénieur sans en avoir le titre ni le salaire. Il s’engage dans une VAE car il estime qu’il a le niveau d’un ingénieur, même si son chef ne lui reconnaît que le statut d’agent de maîtrise. Il prend donc l’initiative de valoriser son savoir-faire. Cette démarche est très positive pour l’estime de soi. Quand il obtient son diplôme d’ingénieur, le salarié fait un bond dans la grille des conventions collectives. Il en sort fier de lui, avec le sentiment de s’ « être fait lui-même ». Il se sent également plus légitime pour guider ses enfants dans leurs études.

Peut-on rencontrer des difficultés dans la formation continue ?

Les échecs existent, par manque de confiance en soi ou parce que l’on n’a pas les capacités pour rédiger un tel dossier. Les séquelles sur l’estime personnelle peuvent alors être importantes si l’on reste sur ses lacunes sans chercher à les dépasser, en travaillant par exemple sur ses points faibles (remise à niveau). En cas de réussite, cela aboutit parfois à des ruptures familiales. Le conjoint se sent abandonné et exclu de du nouveau statut d’étudiant  de l’autre. Il perçoit son évolution comme un danger et tente alors de le décourager. Parfois, c’est l’individu en formation qui, en se donnant les moyens de progresser, a le sentiment que son conjoint n’a pas d’ambition. Cela peut entraîner une fissure dans le couple.

Y a-t-il des tempéraments plus adaptés à la formation continue que d’autres ?

C’est d’abord une question de philosophie de vie. Il faut être conscient de son propre rôle dans la construction de son projet et dans son épanouissement. Décider d’être auteur et acteur de sa vie, c’est se prendre en main et être tenace. Ensuite, un esprit critique et des capacités d’analyse sont nécessaires pour constituer son dossier de VAE. Il faut se regarder avec distance pour bâtir son argumentaire tout en faisant son autocritique.